Grande-Bretagne : « No Sweat » défend les travailleurs migrants

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La campagne No Sweat menée en Grande-Bretagne pour la défense des travailleuses et travailleurs sans-papiers constitue un exemple particulièrement intéressant d’organisation syndicale des migrant-e-s et de développement d’une lutte anticapitaliste et internationnaliste.

No Sweat est le nom d’une campagne et d’une organisation qui regroupe en Grande-Bretagne sept fédérations syndicales (dont celles des employé-e-s et des cheminot-e-s), le Syndicat national des étudiants et de nombreuses unions locales, et à laquelle adhèrent des organisations aussi bien que des individus.

Sweat, cela désigne en fait les ateliers de la sueur (sweatshops). On appelait ainsi au XIXe siècle les entreprises qui faisaient trimer des travailleuses et travailleurs, mais aussi des enfants, alors surexploités en Angleterre comme des bêtes de somme.

Cette organisation a pour but de faire appliquer la législation du travail, de conquérir des droits pour les travailleurs et migrantes surexploitées, mais aussi d’obtenir la régularisation de leur séjour. Elle vise à construire des luttes communes entre migrant-e-s et britanniques afin d’améliorer leurs conditions de travail et de vie. Elle est internationaliste, soutient les luttes ouvrières à travers le monde, et revendique ouvertement son orientation anticapitaliste.

Enfin, elle se fixe pour objectif d’organiser dans les syndicats les travailleuses et travailleurs migrant-e-s tout en favorisant leur auto-organisation.

No Sweat revendique son anticapitalisme

Pour mener à bien ce travail, ces syndicalistes vont au contact des travailleurs migrant-e-s, pour leur proposer un soutien juridique et logistique. C’est en proposant des cours d’anglais, car la barrière de la langue ne rend pas facile la connaissance de ses droits, que les syndicats membres de No Sweat ont réussi à entrer en contact avec bien des sans-papiers et à s’implanter dans des entreprises du secteur des services.

No Sweat dispose également d’un matériel d’information et de revendication en plusieurs langues. La brochure de présentation de ce réseau est riche en informations sur le sort des migrants et migrantes en Grande Bretagne comme dans le monde [1]. Elle recense toutes les discriminations dont ils et elles sont victimes selon qu’ils viennent de l’Union européenne (Portugal, pays de l’Est) ou d’ailleurs. Elle donne des exemples concrets d’actions menées dans différents secteurs (agriculture, santé, nettoyage) mais aussi dans les milieux de la prostitution. Elle donne la parole à plusieurs travailleurs et travailleuses migrant-e-s qui évoquent leur lutte et expliquent pourquoi ils et elles ont décidé de s’organiser syndicalement.

Un travail idéologique

Elle met en cause une législation sur mesure pour le capital, qui permet notamment le développement de la sous-traitance, et qui profite à l’État et aux employeurs. La brochure montre comment ces derniers entretiennent les divisions entre migrant-e-s, mais aussi entre travailleurs et travailleuses qualifié-e-s ou non. L’ancien maire de Londres Ken Livingstone, (battu aux élections municipales en 2008 par le candidat du Parti conservateur), une des principales figures de la gauche du Parti travailliste (« Ken le rouge »), y est aussi visé.

Par ailleurs, quatre pages opèrent la déconstruction des stéréotypes racistes et xénophobes selon un point de vue de classe et internationaliste : « la Grande Bretagne ne peut accueillir toute la misère du monde », « l’immigration est mauvaise pour l’économie », « l’immigration est la cause des bas salaires », « les immigrés resquillent et profitent des avantages sociaux », « ils se replient sur leurs communautés », « l’immigration est synonyme d’un déclin de la culture britannique ».

La brochure se fait enfin l’écho des débats dans le mouvement syndical entre celles et ceux qui défendent la régularisation au cas par cas selon certains critères et celles et ceux qui militent pour la régularisation de toutes et tous les sans-papiers.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord Est)

No Sweat, Solidarité avec les travailleurs-ses migrant-e-s, faits, expérience, débat. Brochure téléchargeable et commandable en ligne.

[1La brochure propose une revue des sites britishs et internationaux ainsi qu’une bibliographie en anglais, tout comme des contacts d’intervenants et intervenantes pour des réunions dans les entreprises et les quartiers.

 
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