Paris Ville-Lumière mais capitale aux 976 taudis

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Après les multiples incendies mortels d’immeubles parisiens, Sarkozy pour seule réponse, intensifie la guerre contre les pauvres. C’est bien par le rapport de force que nous pourrons imposer d’autres choix en matière de logement.

Aujourd’hui la difficulté voire l’impossibilité pour les personnes les plus démunies d’accéder à un logement est un problème connu de longue date. Mais à la différence de l’emploi, le problème du logement, celui de l’hébergement et celui des personnes à la rue, ne fait partie ni des préoccupations politiques majeures ni de celles de la « société civile ». Seule la mort de personnes en fait un sujet d’actualité. De même le fait que les classes moyennes aient plus de mal à faire face à la flambée des loyers et arrivent de moins en moins à accéder à la propriété dans les grandes métropoles contribue à rendre la question plus sensible. On se souvient qu’une réelle politique sociale de l’emploi a été mise en œuvre dès lors que le chômage a commencé à concerner les cadres et plus seulement les ouvrier(e)s et les travailleur(se)s non qualifié(e)s.

Les incendies de ces dernières semaines ont touché des familles, qui attendaient, pour certaines, un logement depuis 10 ans. En Ile-de-France, 40 % des personnes accueillies en CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) bénéficient d’un contrat de travail à durée déterminée qui leur permet de payer un loyer et 60 % d’entre elles ont déposé une demande de logement depuis des années.

Presse en service commandée

Les incendies de cet été n’ont pas touché que des lieux squattés. Les résident(e)s du boulevard Vincent-Auriol avaient des baux et payaient des loyers. Il s’agissait de logements provisoires d’un immeuble réquisitionné où on avait mis les familles issues de la lutte du quai de la Gare (Paris XIIIe)… il y a 14 ans (!!). Cet immeuble était géré par une association humanitaire. Comme dans les squatts expulsés ou incendiés, les procédures de travaux et/ou de relogement étaient entamées. Si les conditions d’habitation dans ces immeubles ne sont pas forcément comparables : hôtel de tourisme utilisés par les services sociaux (Opéra) et associations d’hébergement (boulevard Vincent-Auriol), immeubles de la SIEMP (immeubles rachetés à des privés et réhabilités par la Ville) mais tous témoignent une fois de plus de la crise du logement qui touche de plein fouet les populations et en particulier les immigré(e)s.

Après la série d’incendies qui ont provoqués la mort d’enfants et de personnes, Sarkozy occupe l’espace médiatique en promettant l’expulsion des habitant(e)s de tous les immeubles insalubres.

Une nouvelle fois, sous le prétexte humanitaire et de solidarité, la politique de communication du ministre fonctionne à plein. Alors qu’un maire se doit d’être prévenu des opérations de police, ce sont les journalistes qui ont l’information.

Les expulsions vont jusqu’à vider des bâtiments où seule une personne âgée attend dans la semaine son relogement (Marx-Dormoy), mais la pub fonctionne mettant l’accent sur les rats plutôt que sur les expulsé(e)s (rue du Maroc, Paris XIXe). La campagne journalistique soulignant l’aspect humanitaire car elles sont relogées mais sans dire que ce ne sont que des logements provisoires (hôtels, accueil d’urgence) amenant les personnes dans la rue ou dans la galère le plus souvent.

Et pourtant aujourd’hui, ces politicards éprouvent des difficultés à faire face à la crise du logement dont ils portent la responsabilité en laissant le marché imposer sa dictature. Le mal-logement englobe les conditions de vie des sans-abri, le logement inconfortable ou insalubre, et les situations d’hébergement provisoires qui s’éternisent (foyers, familles,…) (à Aubervilliers, plus de 4 000 demandes d’attestations d’hébergement par des proches ont été enregistrées en 2004 contre 200, il y a une dizaine d’années). Les problèmes de logement concernent encore plus de 3 millions de personnes (dont 400 000 enfants victimes du saturnisme lié à l’insalubrité). À Paris, ce sont 102 748 personnes qui figurent dans le fichier des demandes de logement et en décembre 2004, la ville enregistrait 43 000 nouvelles demandes par an dont 20% de non-Parisien(ne)s.

Ce ne sont plus uniquement les pauvres mais aussi les ménages aux revenus moyens comme les salarié(e)s modestes, qui sont écartés de l’accès au logement. Cela est le cas dans toutes les grandes villes de France et dans de nombreuses villes moyennes.

Profits records

La dimension économique de la crise du logement démontre que le seul recours au marché et à l’initiative privée se heurte aux limites des intérêts de ceux-ci (effet de l’offre et de la demande). Les expulsions frappent désormais à toutes les portes. Congés spéculatifs (ventes de logements, achats par des marchands de biens, réhabilitations, comme le futur avenir du squat de la rue Hautpoul dans le XIXe arrondissement de Paris) et ventes à la découpe se multiplient et les loyers flambent.

D’autres causes sont connues telles les politiques publiques favorisant la spéculation et la flambée immobilières. L’État veut imposer la fusion des OPAC avec les offices d’HLM pour en faire des EPIC (Établissement publics d’intérêt commercial, statut permettant la vente au secteur marchand). L’insuffisance de logements sociaux et la réduction très forte des aides à la construction pour le logement social se traduisent par une augmentation des loyers dans ce secteur. Sur un projet OPAC mélangeant logements sociaux et logements gérés par une association de pension de famille pour des SDF, les bailleurs sociaux parlent en terme de rentabilité pour imposer un nombre suffisant de logements (projet rue des Thermophiles, Paris XIVe) pour justifier leur position sans se poser la question du projet ou de la recherche de moyens pour faire baisser les loyers.

L’élimination des locations privées bon marchés (loi de 48, garnis, chambre de bonnes…), la démolition de logements sociaux, le déconventionnement de logements HLM, la fragilisation des statuts de locataires et des profits de plus en plus élevés réalisés par les bailleurs privés participent aussi à cette « crise » provoquée de toutes pièces.

Le gouvernement actuel est frappé du syndrome de Marie-Antoinette (qui suggérait à ceux qui manquaient de pain d’acheter de la brioche), il dit aux mal-logé(e)s, aux sans-logis : « vous n’avez pas de logement ? Achetez en un ! » (cf. colloque du gouvernement « Comment aider les Français à devenir propriétaires ? »).

L’explosion des prix de l’immobilier, des loyers et la diminution du logement social livre à la spéculation un parc de logement de bonne qualité le plus souvent.

Ce qui se passe n’est que l’aboutissement de politiques de logements menées par les gouvernements successifs. Cette politique qui s’inspire de la logique libérale plus largement à l’œuvre dans notre société, conduit à sacrifier la construction de logements sociaux à la logique de marché, et à exclure de se loger un nombre croissant de personnes. La spéculation immobilière effrénée, favorisée par les politiques fiscales mises en place contribue à jeter à la rue de plus en plus de personnes et de familles entières et à démolir une partie du parc de logements sociaux sans contreparties.

Si des polémiques existent sur la façon de compter des logements vides, on peut au moins avancer le chiffre de 40 000 logements vacants dans Paris et l’application de la loi de réquisition permettrait de reloger les occupants des immeubles insalubres ou dangereux. Il en faudrait moins de 1 500 pour reloger les derniers occupants.

Aujourd’hui le combat face aux expulsions doit coïcider avec le refus du relogement provisoire et en hôtel. On voit la situation de la rue de la Tombe-d’Issoire, Paris XIVe. Aux dernières nouvelles, le propriétaire veut en faire 36 logements étudiants… Il faut aussi développer des journées portes ouvertes et des fêtes avec les habitant(e)s des quartiers concernés. Cela permettra ainsi de créer du lien pour les résistances à venir. Il est par ailleurs urgent de populariser la solidarité par la création de réseaux téléphoniques, à travers les écoles et les immeubles, afin de faire face aux expulsions et se mobilser le moment venu pour s’y oposer physiquement. La droite fait du logement un enjeu pour regagner Paris aux prochaines élections municipales de 2008. Elle va même, sans gène, proposer leur aide à des expulsé(e)s pour les reloger face à l’administration de gauche, ou organiser un comité de soutien à une famille dont le logement a brûlé ! C’est par l’insertion au quotidien dans son quartier qu’on peut être au courant de cette attitude, et la contrecarrer. Il ne suffit pas de proclamer la construction de 20 000 logements sociaux (de Villepin), mais il faut qu’ils soient réellement accessibles aux familles des milieux populaires. Aux Batignolles, Paris XVIIe (ex-terrain de feux JO Paris 2012), on propose 2 000 logements intermédiaires et 1 000 logements étudiants mais à quels coûts de constructions ! Ce qui implique des conséquences sur les loyers. J.-P. Huchon, président du conseil régional Ile-de-France (PS), propose la création d’une agence régionale qui achète les terrains pour les revendre à des entrepreneurs parfois moins chers que l’achat mais sans bloquer les loyers favorisant de fait la rentabilité possible et le profit.

Un combat global

La baisse des loyers doit être un argument fort passant par le blocage de toutes formes de spéculation et de profit. Il faut imposer les constructions à coût réel. Si nous restons dans la logique libérale, ou capitaliste, le droit à la propriété sera impossible à remettre en cause. Il faut donc imposer l’opposabilité du droit au logement.

Il s’agit aussi de réfléchir à nos revendications car clamer : « pas d’expulsions sans relogement » peut se traduire par « oui aux expulsions, nous marchandons les relogements », Ce refus de ce slogan doit clairement nous différencier des Verts et du PS. La lutte pour le droit au logement a été un des combats fondateurs pour AL en Région parisienne. Aujourd’hui, nous réinscrire dans un combat de longue durée implique de lier différents combats. Dans les luttes des squatts du XIXe comme celui (expulsé) de la rue de la Fraternité, on y trouve des familles (lutte pour le logement avec Droit au logement ou le Comité d’action logement, voire d’autres), des sans-papiers (Comité de solidarité les sans-papiers du XIXe) et des enfants (Réseau éducation sans frontières) voire des parents d’élèves comme ceux de la FCPE.

Mettre en place une politique nationale de l’habitat, c’est aussi porter des revendications comme celle consistant à donner de nouveaux moyens au 1 % logement et élargir sa collecte aux entreprises qui n’y sont pas assujettie. C’est revendiquer une gestion de sécurisation des risques de la vie (maladie, chômage…) qui garantissent le maintien dans les lieux...

Le mal-logement est devenu une problématique essentiellement sociale qui relèverait de la seule intervention du secteur social (DASS, FSL, secteur associatif caritatif…) comme si le mal-logement avait des causes conjoncturelles, individuelles et sociales avant d’avoir des causes économiques et structurelles liées aux mutations économiques et à un déficit d’offres en terme de situation et de loyer.

Noël (AL Paris Nord-Est)

 
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