Sans-papiers : Vous voulez du social ? Voilà la matraque

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À peine les résultats du référendum sur le projet de constitution européenne connus, la réponse du gouvernement n’a pas tardé : vous voulez du social, vous aurez de la matraque. C’est ainsi que Sarkozy n’a pas tardé à tracer la perspective de son ministère, celle d’un acharnement pathologique contre les immigrés. La ficelle n’est pas nouvelle, mais la méthode américaine (brassons du vent, ça impressionnera toujours les gogos) et le discours d’extrême droite sont maintenant assumés.

En deux mois, c’est une avalanche de déclarations, de propositions et de coups médiatiques qui ont jalonné l’actualité politique.

Ainsi, le 15 juin, treize jours après son entrée en fonction, il envoyait les matraques contre les familles demandeuses d’asile occupant à Tours un hôtel vide après leur évacuation musclée de l’université [1]. Quinze jours plus tard, il récidivait en annonçant que douze pays étaient déclarés comme « sûrs » et que les demandeurs d’asile venant de ces pays connaîtraient une procédure d’examen expéditive. Précisons que parmi ces douze pays [2], certains comme le Sénégal connaissent toujours une situation de conflit (en Casamance), que quatre d’entre eux pratiquent toujours la peine de mort, et que dans au moins trois autres, les mutilations génitales des femmes restent courantes. Précisons enfin que pour l’un de ces pays, la Bosnie, le taux d’accord du statut en 2004 atteignait le niveau exceptionnel de 67,4 %.

Une semaine plus tard, le 6 juillet, un rapport parlementaire recommandait d’assigner à résidence tous les demandeurs d’asile, si possible dans des CADA [3], ceux-ci devenant de véritables camps d’internement pour les demandeurs d’asile.

La seconde moitié du mois de juillet a vu mieux, puisque le 27 juillet s’envolait le premier charter européen avec à son bord 40 Afghans, précédé deux jours avant d’une rafle de 27 sans-papiers place Stalingrad à Paris, et suivi quatre jours plus tard de la parution de deux décrets rendant quasiment impossible l’accès des sans-papiers à l’aide médicale d’État.

Medef-Sarko-FN au choix

La stratégie présidentielle de Sarkozy est largement connue, faire des coups médiatiques, soigner son image, pratiquer l’outrance. En matière d’immigration, il joue en terrain facile, multipliant les symboles comme le retour des charters (en quoi l’expulsion de 40 Afghans constitue-t-elle une solution aux 500 000 sans-papiers en France ?), soufflant le chaud et le froid (annonce pour septembre d’une 41 258e circulaire pour « une application du droit dans un esprit de justice et d’humanité »), développant ses formules comme le déjà fameux débat sur « l’immigration choisie » versus « l’immigration subie ».

Cette dernière phrase mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde un instant, car elle concentre à elle seule la quintessence du discours libéral. L’immigration « subie » se matérialise par les demandeurs d’asile et l’immigration familiale, tous deux issus de droits fondamentaux reconnus universellement. Ainsi donc, l’État « subit » des droits, lorsque, selon le dogme en cours depuis près de deux siècles, il en serait le garant. Drôle de renversement, qui confirme si nécessaire ce que disent les libertaires depuis le début !

Mais Sarkozy, comme Pasqua avant lui, ne se contente pas de caméras et de coups de menton. Alors qu’il y a à peine un an et demi il faisait adopter une réforme de la législation sur les étrangers, c’est aujourd’hui à nouveau le regroupement familial et les mariages mixtes qui sont menacés. Les décrets sur l’aide médicale d’État, la multiplication des arrestations de jeunes sans papiers au sein même des écoles, l’annonce de nouvelles restrictions sur l’accès aux prestations familiales, tout cela montre clairement la voie choisie : faire des étrangers un vivier de main-d’œuvre bon marché, sans droits ; avoir des travailleur(se)s temporaires sans avoir à se préoccuper des hommes et des femmes. Et pour celles et ceux qui protesteraient, 1 500 places nouvelles de rétention les attendent d’ici deux ans, soit plus d’une quinzaine de centres nouveaux, dont la plupart à la périphérie des grandes villes.

Admettons toutefois qu’il existe une légère différence entre Sarkozy et Le Pen : là ou le second met de l’idéologie, le premier fait dans le cynisme, prônant une ouverture des frontières qui permettrait d’inaugurer le grand marché aux esclaves dont le Medef rêve très fort.

Il est grand temps d’opposer la solidarité de classe à ce charabia nationaliste. Aux quotas de Sarkozy, répondons fort que la solidarité des travailleur(se)s n’a pas de patrie !

Jérome

[1Lire Alternative libertaire du mois de juin 2005 : « Immigré(e)s Université terre d’asile ».

[2Bénin, Bosnie, Cap-Vert, Croatie, Géorgie, Ghana, Inde, Mali, Maurice, Mongolie, Sénégal, Ukraine.

[3Centre d’accueil des demandeurs d’asile.

 
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