Sciences-po Bordeaux : Offensive masculiniste... et contre-attaque

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À Bordeaux, un collectif s’est constitué contre la mobilisation masculiniste de certains étudiants de l’Institut d’études politiques (IEP). Il est aujourd’hui poursuivi en justice par la direction de l’établissement.

Il ne fait pas bon être femme et féministe à l’IEP de Bordeaux. La création d’À-Bord, une association étudiante de réflexion sur le genre, était certainement la goutte de trop pour certains étudiants, qui créent alors, en décembre 2012, une page sur le réseau social Facebook, intitulée « Osez le masculin ». Leur orientation masculiniste était claire. On pouvait y lire : « Même entre nos murs nous sommes devenus minoritaires ! Réagissez et sauvegardez vos postes, usez de la cooptation. La parité enferme l’homme dans sa condition sexuelle et le réduit à un pénis. Pourquoi devrions-nous céder notre place sous prétexte d’être né avec un troisième membre ? » Pour ces élèves de grande école, les hautes sphères de l’élitisme ne sauraient être contaminées par l’égalité des sexes. Suite à des plaintes d’enseignants et enseignantes, la page est fermée le 21 janvier 2013, pour renaître le lendemain sous le titre « Osez le masculisme ». L’organisation par À-Bord d’une projection-débat entraîne un déchaînement de violence sur la page, allant jusqu’à l’incitation au viol.

Les féministes s’organisent

Pour riposter, se constitue un Collectif féministe bordelais composé d’étudiantes et d’étudiants, mais aussi de militantes et militants ou encore de membres du personnel de l’établissement. Leur propos n’est pas simplement de dénoncer ces agissements, mais de pointer les ressorts plus vastes de la domination masculine dans l’enseignement supérieur, qui favorisent leur émergence. À Bordeaux comme ailleurs, une majorité des professeur-e-s sont des hommes (95 % dans cet établissement). Parallèlement, les pratiques sexistes sont monnaie courante dans l’enseignement supérieur, notamment dans les bureaux des élèves, dont les activités « festives » reposent très souvent sur l’« humour » graveleux et les stéréotypes sexistes et homophobes. Ces activités sont régulièrement minimisées sous l’angle de la tradition « potache » estudiantine, au lieu d’être combattues pour ce qu’elles sont : des violences graves, qui apprennent à des femmes et des hommes en formation à tenir le rôle qui leur est réservé dans une société patriarcale – objets sexuels ou consommateurs.

Plaintes de la direction

Le 19 février, la direction de l’IEP annonce le dépôt de deux plaintes. La première vise le créateur de la page « Osez le masculisme ». Mais la seconde attaque le collectif féministe : elle est déposée contre X pour diffamation. Une symétrie est ainsi établie entre les deux camps, les féministes ayant eu le tort de ne pas traiter les masculinistes comme des cas isolés, mais comme les produits d’un système de domination masculine prégnant à l’IEP. Le collectif ne cesse toutefois d’élargir sa lutte. Il a organisé une assemblée générale féministe le 10 avril. Celle-ci a exigé le retrait de la plainte ainsi que des mesures concrètes pour lutter contre le sexisme dans l’enseignement supérieur : la nomination de chargé-e-s de mission égalité femmes-hommes dans les établissements, la formation des personnels sur ces questions, la généralisation des enseignements sur le genre, etc. Un appel à soutien a été lancé autour de ces revendications, et a déjà réuni plus de mille signatures.

Julie (AL Saint-Denis)

Pour signer l’appel à soutien : www.petitions24.net/appel_a_soutien

Le blog du Collectif : collectifantisexistebordeaux.wordpress.com

 
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