Trop de Sarko tue le Sarko : Kit de démontage idéologique




La particularité du programme politique de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement, est d’être à la fois un programme libéral économiquement et conservateur du point de vue des libertés publiques et des mœurs. Il est important de démonter les arguments de ce programme pour affirmer qu’un autre projet de société est possible.

1. Oui, la baisse du temps de travail est une nécessité historique

Nicolas Sarkozys’est emparé de la valeur « travail » pour en faire une des pièces maîtresses de son programme. À ce sujet il est bon de faire quelques rappels. La tendance historique depuis le XIXe siècle est à la baisse du temps de travail. En France, la durée effective du travail est de 36,3 heures, dans d’autres pays d’Europe, elle est plus basse. Aux Pays Bas, par exemple, elle est de 29,2 heures [1]. Pourtant selon Nicolas Sarkozy « la France est dans cette situation paradoxale qu’elle ne souffre pas d’abord d’un déficit d’emplois, mais d’un déficit de travail ». Ainsi nous devrions « mettre la même ardeur à favoriser le travail des seniors », nous devrions « répondre à deux préoccupations qu’ont toutes les femmes : la garde des enfants en bas âge et la conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle » [2]. Au final nous pourrions « dynamiser la croissance si nous réhabilitons le travail, si nous permettons à ceux qui veulent travailler plus de gagner plus » [3]. Cette position entre en contradiction flagrante avec l’histoire sociale depuis 160 ans : celle, entre autres, de la lutte des travailleurs et des travailleuses pour la réduction de leur temps de travail. Il ne s’agit pas que les personnes actives travaillent plus, mais de partager le temps de travail. C’est principalement une diminution substantielle du temps de travail qui peut permettre des créations d’emplois. Nous n’avons pas besoin de plus de travail, dans une société qui, déjà dans un état de surproduction, met en danger son avenir.

2. Oui, il faut que les pauvres soient moins pauvres : et donc les riches moins riches

Le financement de cette baisse du temps de travail ne peut être le fait que d’une meilleure répartition des richesses créées. Nous savons que la quantité de richesses produites en France permettrait d’assurer un salaire décent à toutes et tous les travailleurs – y compris les travailleurs en formation, en maladie, privés d’emploi, à la retraite. On ne cesse de nous parler des profits record des entreprises du CAC 40, on parle de 97 milliards de profits au titre de l’année 2006 [4]. La solution au pouvoir d’achat ne peut être que dans une augmentation des salaires, en particulier les plus bas, par une meilleure répartition des richesses produites, et par une taxation des revenus du capital.

On nous dit que les 35 heures ont été une catastrophe économique. Les grandes entreprises se sont en fait très bien adaptées aux 35 heures. En effet, elles ont compensé la diminution du temps de travail par des gains de productivité [5]. Cela montre au contraire que ces entreprises, afin de permettre une réelle création d’emploi, peuvent supporter une plus grande diminution de temps de travail.

Mais sans tenir compte de ces réalités, le gouvernement tient à débarrasser le marché du travail de ses « rigidités » qui empêchent les entreprises d’embaucher : « Réfléchissons à une évolution vers un contrat de travail unique [qui] permettrait d’enrayer le développement du travail précaire [sic], en surmontant les effets de seuil proprement catastrophiques qui existent entre le CDD et le CDI. ». La création d’un contrat unique, qui serait une sorte de contrat premier emploi (CPE) généralisé, ne conduit pas à créer plus d’emplois, mais à permettre une plus grande flexibilité des entreprises ; cette flexibilité permet à l’entreprise de s’adapter aux fluctuations du marché afin de générer plus de profits.

3. Oui, il y a trop de parasites qui profitent du travail des autres

Le gouvernement tient aussi à aider « ceux qui vivent de leur travail au moins autant que ceux qui vivent de l’assistance » sans « hésiter à recourir à des sociétés de placement [des personnes au chômage] rémunérées aux résultats ». En effet la collectivité ne pourrait pas « aider ceux qui ne fournissent pas le minimum d’efforts personnels sans lequel rien n’est possible ». Car cela serait « aussi une question de cohésion sociale pour ne pas décourager la France qui travaille » .

Ainsi la « France qui travaille » serait opposée à la « France assistée » et la résolution de cette opposition – et la solution au chômage – résiderait dans la remise en cause du système actuel de sécurité sociale.

Il est normal que les travailleurs et les travailleuses, avec un pouvoir d’achat faible, puissent ressentir durement le poids de ce qu’ils doivent cotiser pour ce système de solidarité. Mais les propositions du gouvernement sont illusoires, elles visent à détruire un système d’aide que n’importe qui peut être amené à solliciter. Aujourd’hui, en France, il y a plus de 4,4 millions de personnes au chômage, pour environ 500 000 emplois non pourvus [6]. Le chômage n’est donc pas une question de « paresse » mais une question de partage du temps de travail et de partage des richesses.

Le travail est nécessaire pour assurer notre existence et, dans toutes sociétés, il y a un ensemble de tâches désagréables qu’il faut effectuer. Mais s’interroger sur le travail, cela doit être avant tout s’interroger sur sa juste rémunération, sa juste répartition et sur les conditions de travail. Est-ce que les assisté-e-s sont les « potentiellement exploitables » qui survivent pour un temps grâce à l’assurance chômage ? Ou bien est-ce que les assité-e-s sont ceux et celles qui, sans travailler, empochent des fortunes acquises par les revenus du capital sur le dos des producteurs ? C’est bien ce scandale que la politique de Nicolas Sarkozy essaye de nous faire oublier.

Ce qui est systématiquement occulté, c’est que la diminution des recettes publiques, telle qu’elle est organisée, a pour conséquence la remise en cause de nos services publics qui n’ont plus les moyens de fonctionner.

4. Oui, il faut assurer l’avenir le tous et toutes : par un salaire socialisé

Pour Nicolas Sarkozy, les entreprises délocalisent car elles sont dissuadées « de recourir aux heures supplémentaires ou aux heures choisies » de par leur coût. Et même si « il serait injuste [...] de réduire le surplus de rémunération dont bénéficient les salariés qui font des heures supplémentaires », on devrait « réduire les charges sociales patronales qui pèsent sur elles. ».

Le risque de délocalisation des entreprises doit être combattu par des mesures volontaristes d’interdiction de ce genre de pratique. La délocalisation est une pratique économique, qui ne peut fonctionner qu’à court terme. En effet, elle suppose de faire fabriquer à bas coût des biens par des salarié-e-s qui n’ont pas les moyens d’acheter les produits qu’ils fabriquent. Les produits fabriqués doivent donc être revendus à des salarié-e-s possédant un pouvoir d’achat plus important. Sous un autre aspect, « quand on a travaillé toute sa vie, en payant ses impôts, pour transmettre un patrimoine à ses enfants, il est insupportable d’imaginer qu’ils vont devoir le vendre pour payer les droits de succession ». Et donc, « les successions petites et moyennes doivent être exonérées de droits sur les successions. ». Certes il est normal pour des parents de vouloir le meilleur pour leurs enfants, et que ceux-ci aient toutes les chances de s’épanouir comme ils le désirent. Mais satisfaire cette volonté peut aussi se faire en s’assurant que toutes les nouvelles génération d’une société soient financièrement prises en charge par toute la société et pas par les seuls parents. C’est l’objet du salaire socialisé, qui existe déjà en partie sous la forme de l’assurance-maladie, l’assurance-vieillesse, l’asurance-chômage… De plus, si selon le gouvernement, chercher à « développer la rémunération et la promotion au mérite, c’est possible sans tomber dans l’arbitraire et c’est plus juste », on peut se demander quel surplus de mérite il y a à naître dans une famille riche au vu des avantages matériels et symboliques que cela procure.

5. Oui, il faut un service maximum dans les services publics

La solution au financement d’une augmentation des salaires et au maintien des services publics doit être dans la taxation des profits record des entreprises.

Mais le gouvernement préfère la mise en place d’un service minimum dans les transports en temps de grève, dont la loi a été voté en juillet dernier.

Tout d’abord, avant de se pencher sur la situation des autres, les politiciens devraient se poser la question du problème chronique de « présence minimale » dans l’hémicycle et d’un service minimum de la démocratie parlementaire [7]. Ensuite, il est toujours bon de rappeler que les grèves ne comptent que pour une partie minime (2 %) des dysfonctionnements des transports.

Mais surtout remettre en cause le droit de grève, c’est remettre en cause un droit durement acquis. Nous constatons bien que face à l’inégalité des rapports de forces, les travailleurs et les travailleuses n’ont réussi à maintenir un syndicalisme fort que dans le secteur public. Pour le gouvernement, ce qu’il s’agit de réduire et d’anéantir, c’est ce pouvoir de résistance.

6. Oui, il y a trop de travail au noir : il faut régulariser les sans-papiers

Un des autres axes de travail de Nicolas Sarkozy avant et après son arrivée au pouvoir est l’immigration, avec un refus des régularisations massives et en agitant le mythe de l’invasion. Mais ne pas régulariser les personnes qui sont dans la clandestinité, ne les fait pas disparaître, cela les invisibilise seulement. Ces personnes continuent d’être en France et de travailler au noir. Les travailleurs et les travailleuses clandestins constituent une main-d’œuvre intéressante pour les entreprises. En revanche, ils ne peuvent pas cotiser à la Sécurité sociale et ne payent pas d’impôt (sauf la TVA). C’est bien pourquoi, un certain nombre d’autres pays européens pratiquent régulièrement des régularisations massives.

7. Oui, il faut changer les rapports avec l’Afrique : en détruisant la Françafrique

Mais la politique de Nicolas Sarkozy sur l’immigration fait aussi complètement abstraction des causes qui poussent les gens à émigrer de leur pays d’origine. Une des causes de l’immigration se trouve dans l’exploitation économique des pays du Sud par les pays du Nord, par le biais d’accords de libre-échange léonins. Par ailleurs, la France soutient activement des régimes dictatoriaux corrompus (citons le Togo, le Tchad, le Congo, le Gabon…). On peut douter que Nicolas Sarkozy veuille renoncer à ce qui est un système de pillage des richesses des pays du Sud par ceux du Nord. En effet, alors que « l’Amérique et la Chine ont déjà commencé la conquête de l’Afrique », il se demande « jusqu’à quand l’Europe attendra-t-elle pour construire l’Afrique de demain ? ». Et il entretient des liens étroits avec des grands groupes dont la fortune dépend de l’Afrique (Bouygues, Dassault, Lagardère...) et avec plusieurs dirigeants africains aux « pratiques » plus que douteuses. « Il a rencontré 7 fois Omar Bongo [président du Gabon]. [...] Nicolas Sarkozy est un ami de Denis Sassou N’Guesso, le chef d’État du Congo-Brazzaville. Il soutient la monarchie marocaine de Mohammed VI [et] est également proche du président Bouteflika et des milieux militaires algériens. » [8]

Pour remédier aux conséquences, il faut s’attaquer aux causes : si les capitalistes voulaient arrêter l’immigration économique (ce qu’ils ne veulent pas), cela ne pourrait passer que par la fin de l’exploitation du Nord par le Sud.

8. Oui, il faut lutter contre l’insécurité… sociale

Même s’il a occupé une place moindre en 2007 qu’en 2002, le thème de l’insécurité est toujours présent et a amené au vote en juillet dernier de la loi contre la « récidive des mineurs ».

Il est légitime que chacun aspire à vivre en sécurité. Mais il faut savoir que la criminalité et la délinquance sont avant tout la conséquence de la misère sociale. Pour réduire la criminalité, il faut s’attaquer aux causes sociales. Ces causes se trouvent entre autres dans le chômage et les inégalités. Le taux de criminalité est beaucoup plus bas dans le XVIe arrondissement de Paris ou aux abords de la place du Capitole à Toulouse que dans les quartiers défavorisés du XXe arrondissement parisien ou du Mirail toulousain. Ou du moins, ce n’est pas la même délinquance, car il n’est pas certain que les mêmes efforts soient déployés contre la délinquance en col blanc !

Dans toute société, il y a toujours une possibilité que des individus transgressent les règles qui permettent la vie commun. Mais, ces règles doivent être assurées par la prévention et l’éducation, et non par la répression – d’autant plus que les prisons françaises sont déjà occupées à 120 % [9] – et la diminution des libertés publiques.

Nous devons nous méfier de l’instrumentalisation du besoin légitime de sécurité auquel chacun aspire pour soi ou ses proches. C’est dans cette politique de la peur que se développent les régimes autoritaires.

9. Oui, il faut changer l’école, en changeant la société

Cet appel à l’autorité correspond à une tendance plus globale à la remise au goût du jour de la discipline. Il s’agir d’en finir avec « l’héritage de Mai 68 » dont découleraient pêle-mêle : le relativisme éthique et intellectuel, l’introduction du cynisme dans la politique et dans la société amenant au « culte de l’argent roi, du profit à court terme, de la spéculation ». Chemin faisant, « l’école de Jules Ferry » est totalement mythifiée, et présentée comme « une école de l’excellence, une école du mérite, une école du respect, une école du civisme [...] une école qui transmettait une culture commune et une morale partagée grâce auxquelles tous les Français pouvaient se parler, se comprendre, vivre ensemble. » [10]

Mais il est bon de rappeler que si l’éducation a pour fonction de développer des individus autonomes qui ont intériorisé les règles de vie en société, ces individus appliquent ces règles parce qu’ils peuvent y adhérer sciemment et non pas parce qu’ils ont peur du gendarme. Les maux dont souffre l’école sont la conséquence des problèmes économiques et sociaux qui se développent hors de l’école : misère sociale, discriminations racistes et sexistes, discriminations à l’embauche. Enfin cette vision de l’école comme un « ascenseur social » neutre où le « mérite, l’excellence » et les chances de succès seraient indépendantes de l’origine sociale sont en flagrante contradiction avec n’importe quel étude sociologique.

Ne nous y trompons pas, comme ne s’y trompent pas les enseignantes et les professeurs, qui dans leur majorité, n’ont pas donné leur soutien au programme de Nicolas Sarkozy.

Le programme du gouvernement a surtout pour fonction d’apporter de fausses réponses aux difficultés auxquelles sont confrontés les travailleurs. Il s’agit surtout d’éloigner les gens des vrais problèmes : la question de la scandaleuse inégalité de répartition des richesses, la question de la propriété privée des moyens de production qui génère inégalité de richesse et de pouvoir, la concentration du pouvoir politique et économique dans les mains de quelques personnes. C’est surtout de ces questions-là que Nicolas Sarkozy veut protéger ses amis industriels et financiers.

Irène et Rémi (AL Montrouge)

[11. Les Autres Chiffres du chômage (ACDC) : http://acdc2007.free.fr

[22. On peut douter que la privatisation des crèches comme l’a réalisé Nicolas Sarkozy dans les Hauts-de-Seine soit la solution aux préoccupations des femmes les moins aisées concernant « la garde des enfants en bas âge et la conciliation entre la vie personnelle et la vie professionnelle ».

[33. Intervention de Nicolas Sarkozy à la Convention sociale pour une politique de justice et de responsabilité, à l’Assemblée nationale, jeudi 17 mars 2005.

[44. Dépêche Reuters du 13 mars 2007. Disponible sur le site Easybourse.com.

[55. Selon l’OCDE, sur la période 1996-2002, la productivité horaire du travail a grimpé en France, de 2,32 % en moyenne par an contre 1,44 % pour l’Union européenne et 1,95 % pour l’OCDE. Ce taux de croissance annuel moyen n’avait été que de 1,63 % sur la période 1990-1996.

[66. Les Autres chiffres du chômage : http://acdc2007.free.fr

[77. Par exemple la loi antigrève de juillet 2007 a été votée avec seulement 118 parlementaires sur les 577 que comptent l’assemblée.

[88. Survie Isère, « Françafrique : le réseau Chirac, la relève Sarkozy ? », 2007.

[99. Patricia Tourancheau, « Sarkozy, prisonnier du tout-répressif », Libération du 09 juillet 2007.

[1010. Nicolas Sarkozy, discours du 29 avril à Bercy, http://www.u-m-p.org

 
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