Virgin en grève pour les salaires !

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Virgin Megastore à connu en mai et juin dernier deux mois d’agitation sociale. Suite au rejet, en avril dernier, de l’accord salarial proposé par la direction, un mouvement de grève sans précédent s’est développé dans plusieurs établissements de l’enseigne. Nous avons demandé à Laurent Degousée, délégué CGT chez Virgin de tirer pour Alternative libertaire un premier bilan de ce conflit.

La direction n’a eu de cesse, lors de la négociation de l’accord salarial, de présenter comme des avancées ses propositions alors que la majeure partie d’entre elles n’étaient que la reprise de revalorisations législatives et conventionnelles, déjà acquises hors négociation ! Dans le même temps, plusieurs débrayages, à l’initiative d’un collectif « sans étiquette » composé d’étudiant(e)s à temps partiel, touchent les caisses du magasin des Champs-Élysées, des assemblées générales ont lieu dans quelques établissements et des magasins de province font connaître leur refus de voir entériner cet accord a minima… Il est donc rejeté par tous les syndicats, fait inédit sur l’enseigne. Une assemblée inter-établissements et intersyndicale se réunit dans la foulée pour exiger la réouverture de la négociation avec, comme revendications, 5 % d’augmentation des salaires et le rétablissement du 13e mois, supprimé en 1999 lors du passage aux 35 heures. Un appel à la grève nationale, relayé par la CGT, FO (qui ne participe finalement pas aux actions), la CFDT du magasin des Champs et les « sans étiquette » est également lancé pour le samedi suivant.

Première grève nationale

Le 7 mai, ce sont près de 150 employé(e)s, soit 25 % de l’effectif travaillant ce jour-là, de 14 des 30 magasins de l’enseigne qui répondent à cet appel. Ainsi, des magasins de province, le plus souvent sans présence syndicale, se mobilisent massivement. Et sur Paris, par exemple, le personnel de Barbès se met en grève pour la première fois, depuis l’ouverture du magasin en 2002. Ce niveau inédit de mobilisation traduit une exaspération croissante du personnel. Le succès de cette journée est amplifié par une importante couverture médiatique. Mais la direction reste silencieuse… Face à ce mépris, un nouvel appel à la grève est lancé pour le 25 mai. Ce sont 11 établissements, dont certains qui n’étaient pas en grève la fois précédente, et 10 % de grévistes, dont certains nouveaux, qui y répondent.

Ras-le-bol à la logistique

Alors que le mouvement s’essouffle au niveau national, c’est le personnel de la logistique du boulevard Mac Donald de Paris XIXe qui prend le relais et s’illustre par quatre semaines d’un conflit intense. Solidaires des revendications nationales, la quasi-totalité des stockistes se mettent en grève totale le 23 mai dernier pour obtenir également la revalorisation de leur prime de productivité. Ils se rendent alors sur d’autres établissements pour populariser leur action. Tandis que l’approvisionnement des Champs (25 % du chiffre d’affaires de l’enseigne) est sérieusement entravé, la direction fait tout pour briser la détermination de la vingtaine de grévistes : travail assuré par des jaunes venus d’autres magasins, présence massive de vigiles sur le site, interventions de la police, retrait anticipé des jours de grève… À ces provocations, le personnel répond par une semaine de blocage de l’entrepôt, finalement levé par la justice, la direction refusant toute négociation dans l’intervalle malgré les recommandations du tribunal ! Le soutien à la lutte s’organise : mise en place de la solidarité financière, interventions de personnalités politiques et du collectif du Non de gauche de l’arrondissement, reprise du blocage par des militant(e)s d’Agir contre le chômage ! qui ne sont pas visé(e)s par la décision du tribunal... C’est ensuite vers Lagardère que les grévistes se tournent pour négocier, notre actionnaire qui fait savoir que « toute cette agitation politico-médiatico-syndicale a assez duré » et qui se déclare prêt à les recevoir suite à l’occupation de ses locaux. Pourtant, las et pressés par la promesse d’étalement des jours de grève, les grévistes suspendent finalement leur mouvement le 17 juin dernier.

Demain, on continue !

Une partie non négligeable des employé(e)s, bien que précarisés (60 % d’entre eux ont une fiche de paye à moins de quatre chiffres !), a fait preuve d’une détermination inédite par ce mouvement de grève reconductible. La direction, discréditée auprès de Lagardère, a pourtant préféré perdre et a dépensé infiniment plus que de donner le sentiment de céder face aux grévistes. Une assemblée générale est prévue à la rentrée pour discuter de la reprise du mouvement, certainement durant les fêtes, c’est-à-dire une grève qui puisse durer et gagner cette fois-ci !

Laurent Degousée, syndicaliste CGT Virgin

 
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