Impérialisme

Tchétchénie ? R.A.S !

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Une guerre coloniale sur le continent européen, qui dure depuis six ans, et au sujet de laquelle l’Union européenne est muette. La tchétchénie, sacrifiée par les classes dirigeantes européennes, a besoin de notre soutien.

De l’Europe il en est beaucoup question : juin 2004, élection à la députation européenne et aujourd’hui récemment campagne sur la Constitution européenne. Les enjeux n’échappent à personne et pourtant pèsent sur les débats comme un non-dit qui rend irréelle notre démocratie politique… un « fumet vichyssois » qui n’émanerait pas que de l’extrême droite mais du champ politique en son entier.

Alors qu’à gauche l’index du Commandeur désigne les horreurs à venir que réserve l’Europe libérale, nulle organisation ou parti politique n’eut l’idée toute simple, tant elle relève de la leçon de choses et du bon sens politique élémentaire, de mettre en avant l’horreur présente de la guerre en Tchétchénie ; guerre coloniale, désormais de portée géostratégique qui, à l’évidence, embrasera tout le Caucase. Les énormes réserves en hydrocarbure de la Caspienne attirent et coagulent tous les prédateurs, parmi lesquels les Américains et les Russes très présents dans la région. Telle est la réalité européenne que génèrent le capitalisme ou le libéralisme aujourd’hui !

Un silence pesant…

Étrange silence donc, sur la tragédie que connaît le peuple tchétchène. Depuis dix ans de guerre la population tchétchène qui comptait moins d’un million d’habitants, arc-boutée sur ses terres d’une superficie inférieure à celle de l’Ile-de-France subit l’inflexible loi du knout d’une impitoyable armée de 150 000 hommes… Quasi exsangue pour avoir perdu plus du quart de sa population, ce peuple tente de survivre, traumatisé par des atrocités inouïes dont les enlèvements, viols et tortures font partie de l’arsenal de destruction au quotidien… Une population où un enfant sur quatre naît avec un handicap mental ou physique… Pays où, la nuit tombée, chaque famille vit l’angoisse d’une rafle possible, conduite par les Omos (forces spéciales russes, véritables escadrons de la mort) ou encore par les milices de Kadyrov, bandes de brutes pro-russes. Pays qui connaît une destruction massive de ses infrastructures, où les armes chimiques ont causé un désastre écologique majeur, où le chômage atteint plus de 80 % de la population active (comme en Palestine), où enfin, la capitale Grozny, qui comptait 400 000 habitants a été rasée systématiquement… à l’instar de Dresde en 1945. Comment vivre avec cette horreur ? Cet espace ravagé, calciné ?

… qui sent l’hydrocarbure

Désormais tout cela est su… Nous nous taisons. Quatre cents manifestants contre la guerre lors de la venue de Poutine à Paris le 19 mars 2005 en témoignent. Aslan Maskhadov, (président de la Tchétchénie), depuis assassiné par le FSB russe, confiait lors d’une interview donnée à la cinéaste Mylène Sauloy dans le maquis : « les Européens ne lâcheront pas leurs contrats [hydrocarbure] pour une poignée de Tchétchènes ». Dont acte !

Poutine est autorisé à massacrer les tchétchènes jusqu’au dernier et… « jusque dans les chiottes » comme l’avait annoncé Poutine en 1999.

Voilà les effets concrets et monstrueux du libéralisme passés sous silence par nos politiques dont le discours désincarné tient lieu de prudentes approches des réalités afin de ne point risquer de perdre la moindre miette de voix pour les uns, la moindre miette de contrat pour les autres…Bref de cette Europe là nous n’en voulons pas !

Depuis 2000 nous sommes quelques syndicalistes issus de Sud-PTT, de la CGT, de la FSU, qui organisons un soutien actif aux populations civiles tchétchènes, en relation avec des camarades syndicalistes russes de l’organisation Zachita Truda, opposés aux guerres coloniales (Tchétchénie, Irak, Palestine). Notre aide s’organise autour de projets modestes mais concrets : achats de livres, de matériel scolaire, de vêtements et d’infrastructures sanitaires pour un orphelinat. Nous allons sur le terrain et refusons tout intermédiaire afin d’éviter les détournements d’argent. Ces missions ne sont pas aisées et sont financées par des collectes auprès du monde du travail et des populations.

Nos projets à venir exigeront un capital de douze mille euros… Deux mille pour l’orphelinat de Nadterechnoe qui accueille une centaine d’enfants dans un bâtiment vétuste, sans infrastructure sanitaire, et dix mille pour l’école de Chalagi - région d’Ourous Martan - privée d’eau potable, où nous participerions au forage d’un puits.

Nous sommes des syndicalistes laïques, soucieux de témoigner de la réalité de cette guerre dévastatrice dans un espace où les ONG ne s’aventurent plus, à l’exception de quelques-unes telles Mémorial et Médecins du Monde.

Nous avons, très nombreux, occupés la rue contre « la guerre » et l’avons étrangement désertée après que les premières bombes sont tombées sur Bagdad… Quant à la Palestine, nous avons été peu nombreux à manifester contre le mur de Sharon : 4 000 de la Bastille à la Nation le 13 novembre 2004. Mais l’ardeur anti-impérialiste s’arrêta là, précisément où, aujourd’hui, le génocide est annoncé ! Qu’elles viennent de l’Ouest ou de l’Est les guerres impériales produisent les mêmes effets.

Quel sens donner à la « Patrie des droits de l’Homme »… que dire du pompeux « Devoir de mémoire »… et que penser des appels de droite comme de gauche pour une Europe « de paix et solidaire »… alors que, dans le déni de ce peuple et le non-dit de cette guerre génocidaire, le carnage se poursuit ?

Claude

Soutien « Convoi Syndical pour la Tchétchénie », Claude Marill, 71, rue des Amandiers, 75020 Paris. Chèque (même modeste) à l’ordre de « Convoi Syndical » : CCP 27 964 96 A, Centre de Paris.

 
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