Droit à l’avortement : La bataille de Tenon est gagnée

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Après quinze mois de lutte unitaire, la mobilisation pour la défense du centre d’interruption volontaire de grossesse de l’hôpital Tenon dans le XXe arrondissement de Paris a payé.

Pétitions, débats, projections de films, manifestations et pression permanente sur les élu-e-s et l’administration hospitalière ont permis de regagner l’application d’un droit acquis il y des décennies mais menacé en permanence à la fois par l’ordre moral et par la politique gouvernementale de sape du service public. La mairie de Paris s’est en effet engagée à rouvrir le centre IVG de Tenon, fermé en juillet 2009 par l’Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP).

Le Collectif unitaire du XXe pour la réouverture du centre de Tenon se félicite de cette victoire mais reste sur ses gardes. La réouverture n’est pour l’instant qu’« actée », on peut se méfier et rester vigilantes et vigilants pour exiger avec le collectif unitaire que soit mis en place « un vrai centre d’orthogénie, avec un accueil par des personnels formés, des consultations, l’accès aux différentes formes d’IVG, un suivi des femmes concernées ».

… mais pas la guerre de l’avortement

Cette lutte pour le maintien d’un centre IVG a permis non seulement de sauvegarder l’accès à l’avortement pour des milliers de femmes, mais également de réfléchir et de mobiliser contre la logique globale des lois sur l’hôpital adoptées ces dernières années.

D’abord la tarification à l’activité (dite « T2A ») qui impose à l’hôpital public la même rentabilité que dans le privé, puis la loi hôpital patient santé territoire (dite « Bachelot ») qui impose une réorganisation inégale et parfois aberrante des hôpitaux et répond à la même logique de marchandisation de la santé.

L’acte médical de l’IVG est un acte « sous-tarifé » (malgré l’augmentation de presque 50 % obtenue l’année dernière puisqu’il est payé au forfait 356 euros, contre 600 pour une fausse couche spontanée – source AFP), donc les établissements privés et publics ne s’y intéressent pas et le pratiquent de moins en moins. L’accès en est donc tout à fait inégal selon l’endroit où l’on habite : selon un rapport de l’Igas (l’Inspection générale des affaires sociales), le nombre d’établissements réalisant des IVG a diminué sur l’ensemble du territoire français (passant de 729 en 2000 à 639 en 2006).

La part du secteur public est passée de 60 % à 74 % de 1990 à 2005. Les fermetures de petits services se sont accentuées depuis, ce qui restreint d’autant l’accès à l’avortement, notamment en Ile-de-France (124 en 2006 contre 176 en 1999) et en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Tous les ans, 4 000 femmes vont avorter à l’étranger faute d’avoir pu le faire dans les délais français.

Vers d’autres victoires

Tandis que les associations de lutte pour l’avortement et la contraception, Cadac (Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception), Ancic (Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception) et Planning familial, saisissent les moyens légaux d’interpellation du pouvoir (en engageant un recours gracieux auprès du Premier Ministre pour que la loi et les droits des femmes soient respectés), il nous faut encore et toujours rester mobilisé-e-s sur la défense de l’avortement pour que d’autres victoires soient possibles, à Lyon, à Poissy et partout où nos droits sont attaqués !

Emilie B. (AL Saint-Denis)

 
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