Biodiversité

L’humanité face à la sixième extinction

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Depuis son apparition en 1988, le mot « biodiversité » est devenu une source de confusions et d’amalgames car, sous une apparente évidence, la biodiversité est en réalité un concept complexe. Pourtant, il exprime une réalité du monde vivant mis à mal, en particulier depuis l’expansion du mode de production capitaliste.

Au sens large, la biodiversité désigne la variété et la variabilité du monde vivant. Elle est définie dans l’article 2 de la convention sur la diversité biologique [1] comme la « variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes ». La biodiversité ne se limite donc pas à la somme des espèces, mais représente l’ensemble des interactions entre les êtres vivants, ainsi qu’avec leur environnement physico-chimique. « Dans son sens le plus large, ce mot est quasiment synonyme de vie sur terre. » [2]

L’humanité dépendante

La dépendance des sociétés humaines à la biodiversité démontre que le bien-être humain est indissociable de la santé des écosystèmes. Selon la Fondation pour la recherche sur la biodiversité [3], la biodiversité renvoie d’une part à sa valeur intrinsèque, liée à l’importance de la biodiversité en elle-même, mais aussi à sa valeur patrimoniale, liée à l’intérêt culturel, identitaire et historique que revêt la biodiversité et enfin à sa valeur utilitaire, liées aux ressources fournies aux sociétés humaines.

Mais c’est cette dernière vision qui reste dominante. Non seulement la nourriture, les combustibles, matériaux ou médicaments, mais aussi la régulation du climat, le maintien des grands cycles biochimiques (de l’eau, du carbone…), la pollinisation, ou encore la relation qu’entretient l’humanité avec la nature.

Remise aux Nations unies en 2005, l’évaluation des écosystèmes pour le millénaire est un rapport visant à évaluer l’ampleur et les conséquences des modifications subies par les écosystèmes. Sa principale conclusion est que l’humanité a plus rapidement modifié les écosystèmes lors des cinquante dernières années que depuis le début de son histoire : destruction et contamination des milieux naturels, surexploitation des ressources naturelles, introduction d’espèces d’un milieu à l’autre et réchauffement climatique entraînent une perte irréversible de biodiversité.

La « sixième extinction » est en marche : le rythme des disparitions d’espèces en raison des activités humaines ne cesse de s’accélérer. Son impact rivalise avec celui des cinq crises biologiques massives qui ont ponctué l’histoire du vivant depuis 500 millions d’années – la dernière, il y a 65 millions d’années, ayant précipité la chute des dinosaures.

Au sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992, l’adoption de la Convention sur la diversité biologique (CDB) engage les pays signataires à protéger et restaurer la diversité du vivant. Chaque année, les pays signataires organisent une Conférence des parties (COP) afin de faire progresser la mise en œuvre de la convention. Depuis 2012, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), sur le modèle du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), a été lancé.

Les politiques mises en œuvre reposent sur : la conservation qui vise à garder en l’état un milieu naturel par la création d’aires protégées ; la protection qui vise à imposer des limites raisonnables à l’exploitation des ressources naturelles ; la restauration des écosystèmes ; enfin, des mesures compensatoires censées contrebalancer les effets négatifs des activités humaines par la restauration d’autres écosystèmes – comme pour l’aéroport de ­Notre-Dame-des-Landes.

L’Évaluation des écosystèmes pour le millénaire – déjà cité – conclut qu’il est possible de relever le défi d’inverser le processus de dégradation des écosystèmes mais que cela nécessite des changements profonds de politiques et de pratiques qui sont loin d’être en voie de réalisation [4].

Mais comme pour la crise climatique, si la prise de conscience des atteintes à la biodiversité progresse et si des amorces de solutions prennent forme, la catastrophe continue sa course folle.

Mettre fin à la sixième grande extinction !

Les deux obstacles fondamentaux à la mise en œuvre d’une quelconque solution se trouvent, d’une part dans l’expansion mortifère du mode de production capitaliste et dans l’idéologie utilitariste de la nature considérée comme une simple réservoir de ressources.

Bien sûr il ne s’agit pas de dénigrer le combat de celles et ceux qui se battent pour le développement des aires protégées, la restauration des écosystèmes. Mais il est certain que les mesures prônées par l’ONU, même si elles étaient appliquées par les États, ne seront pas suffisantes. Et, au sein du système capitaliste, à chaque fois qu’un conflit oppose une multinationale au combat pour la biodiversité, le pouvoir prend fait et cause pour la « croissance »…

La destruction de la biodiversité continuera tant que la classe capitaliste tiendra le pouvoir. La solution passe par trois révolutions incompatibles avec le maintien du mode de production capitaliste : une révolution dans les échanges, mettant fin à la mondialisation, une révolution dans les modes de consommation et une révolution dans les modes de production [5].

Mais il ne suffira pas de renverser ce pouvoir. Une transformation du rapport de l’homme au monde vivant est nécessaire. D’une posture d’exploiteur de la nature nous devons revenir à notre place d’un simple chaînon au sein du monde vivant, respectueux des autres formes de vie et développant toutes les coopérations nécessaires pour parvenir à un nouvel équilibre assurant non pas simplement notre avenir mais l’avenir du monde vivant tout entier.

Jacques Dubart (AL Nantes)

[1Adoptée au sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992.

[2« Biodiversité, que recouvre ce mot ? », sur CNRS

[3La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a été créée en 2008 à l’initiative des ministères français.

[4Évaluation des écosystèmes pour le millénaire [archive], PNUE, 2005.

 
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