Essai

Lire : Le Dérèglement du monde

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Cet essai d’un auteur franco-libanais se présentant comme pris entre deux cultures nous invite à ouvrir notre regard au-delà du paysage imposé par nos frontières, dans une vision qui n’épargne la responsabilité d’aucune partie du globe.

Après avoir retracé rapidement (et partiellement évidemment, en sa qualité de simple essai) mais dans un souci d’accessibilité l’histoire du monde arabe depuis la fin de la Première Guerre mondiale, en s’attardant notamment sur l’échec du panarabisme, son importance symbolique et les douleurs laissées à l’estime de la société, en passant par les évidents dommages du colonialisme, il évoque ce qu’il appelle « les victoires trompeuses » de la fin de la guerre froide, par la dangereuse montée des réflexes nationaux de repli sur soi au détriment de la lutte idéologique prévalant jusqu’alors, terreau sur lequel s’est notamment bâtie l’organisation État islamique.

S’abstenant de dépeindre un tableau binaire qui se résumerait à une impossible cohabitation entre aires de civilisations religieuses, mais soulevant plutôt les subtilités, bienfaits, méfaits et responsabilités de chacun, il parle de « légitimités égarées » de toutes parts et dont ne sont certainement pas exemptées les sociétés occidentales.

Face aux défis imposés par la mondialisation qui donne un retentissement sans précédent au moindre événement se produisant de l’autre côté de la planète, heurtant maladroitement les sensibilités, il appelle à la valorisation prioritaire de la culture. Etant amenés à nous côtoyer d’un bout à l’autre de la planète, il apparaît vital de mieux se connaître et de se respecter. Mettre priorité sur la culture comme moyen d’épanouissement et parade à la surconsommation vectrice de tensions, tout comme moyen de compréhension d’autrui dont les émigrés devenus immigrés constituent le trait d’union.

Appelant à la responsabilisation de l’humanité entière, sans être péremptoire ni dangereusement désabusé, Amin Maalouf porte l’espoir de la fin d’une « trop longue préhistoire » qui doit être remplacée par une urgente coexistence globalisée prenant soin de la dignité et de la vie de tous et toutes.

Julie (AL Moselle)

Amin Maalouf, Le Dérèglement du monde, Le Livre de poche, 2009, 320 pages, 6,90 euros.

 
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