Lire : Vidal, « Écologie, individualisme et course au bonheur »

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L’écologie, en tant qu’idéologie qui vise à questionner les rapports entre l’homme et son environnement, est potentiellement une ennemie féroce du capitalisme. Attention à ne pas entrer dans des pratiques qui lui ôtent tout pouvoir de subversion !

Aujourd’hui on ne compte plus les « alternatives » qui fleurissent un peu partout… Faut-il s’en réjouir ? Pas forcément, répond Aude Vidal, qui nous invite à y regarder de plus près. Il existe une façon d’envisager l’écologie comme une pensée « joyeuse », porteuse d’épanouissement personnel, qui met pernicieusement en avant des valeurs traditionnellement ancrées à droite : responsabilisation de l’individu, négation des rapports de domination qui traversent la société…

Cette forme de la pensée écologique nous présente un mythe : celui de la révolution sans conflit. C’est le fameux précepte « se changer soi pour changer le monde » ; comme s’il était possible, par un système de domino, de transformer radicalement la société petit à petit, individu par individu, sans rencontrer de résistance. Le refus de l’analyse critique de la machine sociale dans laquelle nous sommes tou-tes et tous pris surresponsabilise les personnes et désamorce les conflits sociaux. La politique des petits gestes est en fait un immense moteur d’inertie ! Pire, si vous avez en vous les ressources pour vous épanouir dans un monde difficile, alors votre souffrance vient avant tout de votre inaptitude à les mobiliser… Non seulement ce discours culpabilise les victimes, mais en plus il éloigne de l’action politique, collective.

Aude Vidal met également au jour la justification des inégalités femmes/hommes portée par les discours qui ont le vent en poupe dans certains milieux écolos, dénonce l’économie du DIY (do it yourself) qui vient pervertir l’impératif d’autonomie en délire de toute-puissance, ou rappelle que l’agriculture urbaine accompagne aujourd’hui de fait la gentrification.

Tout ne se vaut pas dans les alternatives ; ce petit livre vient décrire les écueils à éviter. Il ne faut jamais confondre fin et moyen, et rester vigilant.e sur l’objectif de la lutte – car c’en est une ! S’entourer de gens de confiance n’est pas cultiver un entre-soi affinitaire, de même que se préserver pour rester efficace n’est pas prendre du bon temps pour se sentir bien… D’ailleurs, conclut l’autrice, vouloir à tout prix être satisfait-e dans un monde aussi injuste, n’est pas un but à même de nous rendre heureux. À l’auto-aveuglement, il faut préférer la lucidité, porteuse de révolte émancipatrice !

Mélanie (AL GPS)

  • Aude Vidal, Égologie : écologie, individualisme et course au bonheur, éd. le monde à l’envers, octobre 2017, 120 pages, 4 euros
 
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