Maison rouge : L’esprit français – Contre-cultures (1969-1989)

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La Maison rouge, haut lieu de l’art contemporain parisien, fermera fin 2018, mais en attendant, elle revient avec une exposition fameuse présentant une multitude de productions militantes, intellectuelles et artistiques des décennies 1970 et 1980. Car l’« esprit français » dont il est question, qu’on se rassure, n’a rien de cocardier.

Les deux décennies qui ont suivi Mai 68 ont été fécondes pour les contre-cultures diverses (féministe, homosexuel, antimilitariste, antinucléaire, etc.). C’est à ce bouillonnement militant, d’une créativité folle, que la Maison rouge, fondation artistique créée par Antoine de Galbert et musée situé à deux pas de la place de la Bastille à Paris, rend un magnifique hommage en ce printemps 2017.

Accueilli.es par Salut à toi de Bérurier noir (qu’on recroise d’ailleurs à plusieurs reprises au cours de l’exposition), les visiteurs et visiteuses peuvent ensuite parcourir vingt années de dissidence à travers une soixantaine d’artistes et plus de 700 œuvres et documents, rassemblant à la fois journaux, tracts, affiches, extraits de films, de vidéos et ­d’émissions de télévision.

Régis Cany, Les Photographittis, Paris et région parisienne, 1977-1982 © Régis Cany © Adagp, Paris 2017

L’« esprit français » annoncé dans le titre, qui pourrait inquiéter à l’heure où l’atmosphère dans l’Hexagone devient de plus en plus pestilentielle, renvoie en fait à l’esprit frondeur qui animait Hara-Kiri, L’An 01 de Gébé, ou Coluche, dont une hilarante affiche de campagne présidentielle de 1981, adressée aux enfants, appelle d’abord à « emmerder ses parents et ses grands-parents pour qu’ils votent Coluche », avant de promettre « 365 Noëls par an », le droit de « faire caca dans son cartable » ou encore celui de « renverser la friture sur les genoux de pépé », pour enfin conclure : « Vos parents sont des cons, refusez l’hérédité ».

Jouir sans entraves

La libération sexuelle, et notamment homosexuelle, occupe une place circonstanciée dans l’exposition. La période, bien sûr, s’y prêtait, tant ont fourmillé les productions variées – magazines, affiches, livres… – revendiquant pour les femmes le droit à disposer de leur corps et pour tous et toutes celui de jouir sans entraves.

Raymonde Arcier, Au Nom du père, 1977 © Raymonde Arcier, Courtesy de l’artiste © Adagp, Paris 2017

Les mouvements antiracistes et antipoliciers sont également largement exposés, preuve que les problèmes avec les forces de répression ne datent pas d’hier et, surtout, démonstration que les dirigeants politiques ont montré une remarquable ténacité à ne surtout rien faire pour améliorer la situation.

On regrettera en revanche la faible présence du mouvement ouvrier dans l’exposition. Certes, on peut juger que sa force d’alors – au moins au début de la période, puisque Jacques Duclos fait plus de 21 % au premier tour de la présidentielle de 1969 –, empêche de le qualifier de contre-culture. Il l’était bien, pourtant, tant le prolétariat a été et reste encore aujourd’hui dominé symboliquement.

On ne peut, malgré tout, que recommander chaudement d’aller communier – une fois n’est pas coutume – avec l’esprit français de cette période, frondeur, antibourgeois et porteur d’un élan libertaire tout à fait jouissif.

Vincent (AL Paris-Sud)


Bande-annonce / exposition "L'esprit français... par lamaisonrouge

 
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