Plan de relance de Sarkozy : La fuite en avant

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Après le plan de sauvetage des banques, le coup de pouce de 22 milliards d’euros aux PME et le fonds stratégique de 20 milliards d’euros, Sarkozy sort de sa manche 26 milliards supplémentaires pour le « plan de relance ». Ce plan a-t-il vraiment la vocation sociale qu’il affiche ?

Au sujet de son plan de relance détaillé le 4 décembre, le gouvernement communique évidemment en priorité sur le « volet social ».

Social : moins de 2 milliards

Une prime de 200 euros sera distribuée aux 3,8 millions de foyers les plus pauvres en avril. 1,2 milliard d’euros sera dépensé pour rénover les logements insalubres, construire 35 000 logements sociaux et construire des logements intermédiaires qui seront revendus pour doper le marché de l’immobilier. C’est bien la moindre des choses, après avoir réduit le budget du logement d’année en année et distribué les excédents du livret A – qui doivent normalement servir à construire des logements sociaux – aux banques, aux PME et aux grands groupes du bâtiment. Une chose est sûre, la relance du marché de l’immobilier n’a rien de social, et si l’on calcule bien, ce sont donc moins de 2 milliards d’euros qui seront rendus aux classes populaires.

Grands travaux : 10,5 milliards

Un budget de 4 milliards est prévu pour des « grands travaux » publics : autoroutes, TGV, pénitenciers, centrales nucléaires et autres joyeusetés. Il compte au passage alléger les formalités de consultation du public avant ces réalisations, notamment les enquêtes publiques pour les centrales. Quatre autres milliards seront distribués aux « entreprises publiques », parmi lesquelles Sarkozy compte encore GDF. Enfin, l’État espère que les collectivités locales lâcheront 2,5 milliards de plus, alors qu’il leur a en partie sucré la taxe professionnelle sans annoncer de compensation.

Cadeaux au patronat : 13,5 milliards

L’État a ciblé plusieurs secteurs à risque qu’il va aider : les PME-TPE, l’automobile et le bâtiment. Ainsi, il avance 11,5 milliards aux entreprises, en retardant des créances ou en avançant des remboursements. De plus, les entreprises de moins de 10 salarié-e-s seront exonérées de cotisations sociales sur les salaires au niveau du SMIC, pour un coût de 700 millions d’euros. Comme ça on est sûr que les salarié-e-s ne seront pas mieux payé-e-s !

Concernant l’industrie automobile, Sarkozy a prévu une prime aux particuliers de 1 000 euros à la casse pour l’achat d’une voiture peu polluante. Cela s’accompagne d’une distribution directe aux banques et au patronat : un milliard pour refinancer les organismes de crédit automobile et permettre aux prolétaires de s’endetter un peu plus, 100 millions pour « restructurer la filière automobile ». Rien pour reclasser les salarié-e-s laissé-e-s sur le carreau, aucune disposition législative pour rendre les ouvrières et ouvriers maîtres de l’avenir de leur emploi, ni pour exiger des patrons voyous le remboursement des aides publiques.

Enfin, l’État va se porter garant à hauteur de 10 milliards d’euros pour des constructions d’infrastructures publiques par des entreprises. Il compte également prélever 8 milliards sur les excédents du livret A pour soutenir ces constructions. Là où ça sent sérieusement la magouille, c’est que ces fonds s’accompagnent de réformes visant à exploser les règles juridiques des partenariats public-privé. Ainsi, les procédures d’appels d’offre seront quasiment supprimées, au détriment des PME et au profit des grands groupes. Bref, les 8 milliards du livret A seront refilés aux entreprises les moins menacées par la crise, c’est-à-dire aux copains de Sarko : Bouygues, Vinci, Veolia etc.

Le compte est bon

Une fois les totaux faits, on peut se rassurer : Sarko n’est pas devenu socialiste ! Il n’est même pas keynésien : ses mesures n’apportent que des solutions à court terme, voire accélèrent la fuite en avant de la déréglementation. Car à quoi sert de permettre aux entreprises de continuer à fonctionner ou de construire des infrastructures pour faciliter les échanges... si personne ne peut plus rien acheter ! Il s’agit avant tout d’effets d’annonce, sensés déstabiliser l’opinion publique.

On peut dénoncer cette agitation présidentielle, voire en rire, mais il est beaucoup plus inquiétant de constater la résignation ambiante au sein des classes populaires, qui touche également le mouvement social. Il est pourtant inimaginable de laisser le gouvernement et le patronat poursuivre en se contentant de ripostes locales : construire une mobilisation interprofessionnelle d’ampleur, tracer la voie pour une alternative à ce saccage devient urgent !

Grégoire Mariman (AL Paris Sud)

 
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