Cinq rencontres : « Pourquoi nous avons adhéré à AL »

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Le collectif Alternative libertaire (CAL) Gard existe depuis trois ans. Jeune CAL, il a réussi en quelques années seulement à s’affirmer, malgré sa taille encore modeste, dans le paysage militant gardois comme une force politique qui agit et propose des initiatives. La mise sur pied d’un cadre unitaire comme le Réseau anticapitaliste et autogestionnaire (Raage), qui regroupe AL, NPA, CNT et FA dans le département en est la preuve. Rencontre avec certains de ces nouveaux visages de notre organisation et regards croisés sur leurs parcours militants et les raisons qui les ont poussé-e-s à rejoindre l’AL.

Alternative libertaire : Quels sont vos parcours militants ?

Mohamed  : Quand j’étais au Maroc, j’ai milité dans différentes associations et partis politiques. Mon premier investissement fut au sein des jeunesses de l’Union socialiste des forces progressistes (USFP). J’ai ensuite suivi une des tendances de gauche de ce parti quand il a fondé le Parti du congrès. Ce même Parti du congrès rejoindra par la suite l’Union socialiste, qui est l’agglomération de différentes forces politiques d’extrême gauche, avec comme colonne vertébrale la Voie démocratique. Ce dernier parti, d’obédience marxiste-léniniste, est la principale force révolutionnaire au Maroc. C’est de ses rangs, par exemple, qu’est issu Abraham Serfaty, le fameux opposant politique au régime d’Hassan II. Au niveau associatif, je me suis impliqué au sein de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), qui a été une très bonne école de formation pour moi. C’est là que j’ai appris à écrire un tract, un communiqué, à gérer un journal militant, à prendre la parole en AG.

Minot  : Mon parcours militant est fondé sur l’antifascisme, la lutte contre les oppressions, la lutte des classes etc. Tous ça en traînant de longs moments avec des collègues dans la rue qui m’ont beaucoup appris sur la réalité de la société. Je n’ai jamais adhéré à une association ou parti mais je participe régulièrement à des rassemblements, des débats. Je ne suis pas syndiqué mais je me sens proche du syndicalisme révolutionnaire, de la lutte des classes et des ouvriers dans leur émancipation contre le patronat.

Fabien : Mon parcours militant a débuté par du bénévolat dans le secteur social, tel que servir les repas dans des CHRS pour des sans-abris. Si, politiquement, j’ai toujours été de « gauche », (mais qu’est ce que cela veut dire aujourd’hui ?), je n’ai jamais été encarté dans aucun parti politique. La politique n’a jamais été mon truc comme on dit. Par conséquent, j’ai plutôt choisi l’engagement syndical, par mon adhésion et mon militantisme à SUD-Santé Sociaux depuis quatre ou cinq ans dans les Pyrénées-Orientales puis à Solidaires 66. Je suis au bureau départemental de mon syndicat et je suis conseiller fédéral mandaté par mon département au sein de la fédération.

Marie-Lise : Syndicalement, je suis à SUD-Rail depuis 2004. J’ai eu un mandat fédéral de 2009 à 2012, et je représente, pour SUD-Rail, les agents administratifs au niveau national depuis 2005. Par le passé, j’ai milité à la LCR et ai été candidate aux élections législatives en Camargue, sur le territoire de maître Collard. Je vous laisse imaginer le score que j’ai pu faire chez ces fachos... un peu plus de 2 % ! Mais, comme il fallait chercher à « ratisser large », le NPA a été créé, et pour moi cela ne correspondait plus à mes attentes. Ce qui m’avait fait adhérer à la LCR devenait trop édulcoré à mon goût. J’ai donc fait le choix de ne pas adhérer au NPA, et n’ai adhéré à aucun autre parti pendant plusieurs années.

Fadhel : En Tunisie, j’étais prof d’arabe classique en collège dans la région de Sidi Bouzid. Membre de l’UGTT, j’étais responsable de la section enseignante du syndicat de ma ville. Quand la révolte populaire a éclaté en 2011 dans tout le pays pour mettre à bas la dictature sanguinaire de Ben Ali, j’ai très vite été propulsé, sans que je le veuille vraiment, sous les feux des projecteurs. J’étais régulièrement interviewé par les radios et les journaux. J’ai même été invité sur Al Jazira à un débat télévisé. Cette mise en avant allait avoir rapidement des conséquences quant à mon intégrité physique. En février 2011, je suis l’un des initiateurs de la marche sur Tunis, dite « Marche de Kasbah », qui, après la chute du despote, demandait le renversement du gouvernement de Mohamed Ghannouchi, symbole à nos yeux de cette clique autour de Ben Ali, qui s’accrochait au pouvoir. À l’issue de la manifestation, je manque de me faire arrêter par la police. Pour me cacher, je passe la nuit dans un cimetière. En vain, je suis interpellé, et au commissariat central de Tunis, je suis torturé. Coups dans le dos, supplice du « rôti », on m’attache les pieds en l’air et on me suspend comme ça pendant des heures. Je subis une opération de la colonne vertébrale et reste huit mois sans bouger. Après une tentative d’assassinat par les salafistes qui mettent aussi ma tête à prix, mes déboires avec la justice qui menace de m’envoyer en prison, je fuis finalement mon pays. Direction la France et Nîmes.

François : Fils d’ouvrier métallurgiste et d’une vendeuse dans un grand magasin, mes parents ne militaient pas et n’étaient pas adhérents à une organisation syndicale ou à un parti politique. C’est donc tardivement que j’ai commencé à militer syndicalement, à l’âge de 30 ans. D’abord à la CGT puis à SUD-Rail. C’est au sein de Solidaires que j’ai fait parti de l’équipe d’animation d’un Solidaires local dans la Somme. Pendant ces années, j’ai pu militer au sein du collectif des sans-papiers ainsi qu’au DAL. Dans la foulée, la fédération SUD-Rail m’a demandé d’animer l’union Solidaires des transports. Poste que j’ai tenu pendant huit ans.

Alternative libertaire : Pourquoi avoir choisi l’AL ?

Mohamed : Au Maroc, je me suis très investi au sein de l’Association nationale des diplô­­mé-e-s chômeurs (ANDCM) dont le fonctionnement horizontal et à la base correspondait à ma façon de concevoir la politique. J’y ai découvert un fonctionnement, en tout cas, qui rompait avec ce que j’avais connu jusqu’alors dans les organisations politiques où j’avais milité. À l’ANDCM, les décisions se prenaient à la base, les assemblées étaient souveraines de leurs décisions. Pas de mot d’ordre parachuté depuis le haut. Pas de comité central. C’est à partir de là probablement que j’ai initié mon glissement vers les idéaux autogestionnaires et libertaires.

À mon arrivée à Nîmes en 2002, j’ai observé dans un premier temps le mouvement social. Je participais aux manifestations. J’ai donné un coup de main aux Restos du cœur en tant que bénévole. Entre temps, mes papiers en règle, je suis embauché comme mécanicien dans une entreprise de nettoyage.

Puis j’ai adhéré à la CNT Gard. Je ne connaissais pas cette organisation. C’est en surfant sur Internet que j’ai découvert que la CNT avait fait des actions de soutien à l’ANDCM, notamment pour que justice soit faite suite à l’assassinat par la police d’un de ses militants, Moustafa El Hamzaoui.

J’ai enfin rejoint l’AL il y a deux ans. Alternative libertaire m’a séduit pour son discours anticapitaliste, son ouverture et ses prises de position en faveur de la lutte de classes. Son dynamisme rompt avec l’immobilisme de nombreuses organisations du mouvement social. J’y apprends beaucoup en y militant sur les idéaux libertaires, moi qui viens d’un pays où ceux-ci sont ignorés par l’extrême majorité des militants et militantes révolutionnaires.

Minot : Je ne suis pas encore adhérent d’AL mais sympathisant proche. Je participe aux réunions du CAL 30. Ce qui me plaît dans l’AL c’est le projet de société communiste libertaire, égalitaire et horizontale, luttant contre les discriminations, les répressions et toutes formes de hiérarchies. On a un sens commun, une envie de militer et de lutter, de s’investir comme mes camarades de CAL le font dans le syndicalisme. Ou encore comme certains autres qui s’impliquent dans les luttes des quartiers populaires où se trouve la majorité des masses, des collègues de galère qu’on peut aider à se conscientiser grâce a ce qu’on a pu apprendre.

Fabien : J’ai connu AL par l’intermédiaire d’un ami. Les raisons qui m’ont amené à adhérer à cette organisation politique sont doubles. Premièrement, les idées et idéaux que défend AL au niveau politique sont pour moi dans la continuité de ceux que défend SUD Santé au niveau syndical : l’autogestion, l’anticapitalisme, l’antifascisme, l’égalité de tous, etc. Deuxièmement, mon adhésion à AL correspond également à un choix d’engagement plus politisé que mon engagement envers SUD qui est déjà un syndicat de transformation sociale. La transformation de notre société, tel est le leitmotiv de mon double engagement qui lie maintenant le syndical au politique et qui pourrait se résumer ainsi : combattre le capitalisme, défendu par un système politique représentatif facteur d’inégalités et de dominations pour proposer une autre voie, une société anticapitaliste, autogestionnaire libérée du dogme libéral...Mais il y aurait bien d’autres choses à dire !

Marie-Lise : Justement, parce que les positions avancées par l’AL correspondent à ma perception sur de nombreux sujets. À SUD-Rail, j’ai rencontré des copains et copines d’AL, avec qui nous avons échangé, et les conversations que nous pouvions avoir correspondaient au fond de ma pensée. Puis, à Nîmes, j’ai fait la connaissance d’autres camarades. J’ai commencé à lire la presse d’AL, et plus je découvrais de textes écrits par des camarades, plus je me retrouvais dans ces propos. Depuis plusieurs années, je me rends compte qu’être engagée syndicalement c’est bien, mais l’être politiquement, c’est un pas de plus pour défendre et faire avancer des idées. J’étais en recherche de quelque chose de fort au niveau des positions défendues, de messages clairs qui ne laissent pas la place à l’accompagnement de la régression sociale. Pour moi, c’est comme si on avait deux jambes, une jambe syndicale et une jambe politique, les deux parfaitement coordonnées pour aller de l’avant. C’est pour toutes ces raisons que j’ai décidé de cet engagement. Et la formation de nouvel adhérent AL que j’ai suivie, à Paris, n’a fait que me conforter dans cet état d’esprit.

Fadhel  : À mon arrivée à Nîmes, j’ai été pris en charge par un camarade tunisien, qui avait lui même adhéré au groupe AL de cette ville. Mon engagement à l’AL s’est donc fait naturellement. Et ce d’autant plus que je connaissais déjà, de par mes lectures en Tunisie, les écrits de penseurs libertaires. D’ailleurs mes copains et copines maos que je côtoyais, en Tunisie me traitaient souvent d’anarchiste. Ce que je prenais comme un compliment plutôt qu’une insulte. Le fonctionnement horizontal de l’AL et du communisme libertaire correspondent, depuis longtemps, à ma conception de ce que doit être une révolution. La révolte populaire contre Ben Ali était de cette veine d’ailleurs. Il est dommage qu’elle ait été confisquée et déviée par certaines forces politiques.

François : Pendant toutes ces années où j’ai milité, j’ai toujours associé le militantisme syndical avec un engagement politique. Pas celui d’être au sein d’un parti politique pour avoir des responsabilités et avoir du pouvoir… Celui d’un engagement permanent pour soutenir, organiser les salarié-e-s face au patronat. L’adhésion à AL s’est faite d’une part parce que j’ai côtoyé au sein de mon organisation syndicale des militants et militantes qui s’y trouvaient déjà et dont je partageais les mêmes principes : anticapitalistes, internationalistes, antifascistes, interprofessionnels, recherche permanente ­d’une transformation sociale. Et d’autre part cette adhésion à AL permet de développer ces mêmes principes et valeurs, aussi à l’extérieur des entreprises. Enfin, adhérer à AL, organisation libertaire et autogestionnaire, laisse une très grande liberté d’expression et de prise d’initiatives pour avancer vers une autre société.

Propos recueillis par Jérémie (AL Gard)

 
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