Antilles : L’écran de fumée du référendum

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Le gouvernement français a lancé l’idée d’un référendum, portant sur deux articles de la Constitution. Un stratagème habile, dont le rôle principal est de mettre un frein aux luttes sociales.

Un écran de fumée électoral a été grossièrement tendu, pour masquer les vraies attentes de la population des Antilles, portées par toutes les revendications sociales et culturelles, aujourd’hui remises en question avec arrogance. Et cette esbrouffe, avait aussi pour objectif de réunir entre eux les politiciens, absents de la scène durant le mouvement social, et les éléments les plus conservateurs de la société antillaise.

Les premiers ont pu ainsi organiser leur come back en se réunissant le 23 juillet à Cayenne, dans un improbable « rassemblement martiniquais » et en proclamant implicitement leur allégeance au droit constitutionnel français.

On se jette donc sur l’os à ronger que nous a lancé l’État colonialiste : le vote sur les articles 73 et 74 de la constitution. Vote qui de toutes façons devra obtenir l’aval à postériori de l’Assemblée nationale de l’État français. Ceux qui, en 2003, nous appelaient à voter pour une évolution dans le cadre de l’article 74, condamnent aujourd’hui celui-ci sans vergogne. Les voilà, de la gauche à la droite, affuter leurs couteaux, se préparer à la bataille électorale autour de deux textes de la Constitution française…bien loin des déclarations de naguère comme celle de la Convention du Morne-Rouge de 1971 [1].

Les politiciens aux aguets

Le Président Sarkozy, le 6 novembre, dans un discours démagogique, a appelé à des réformes. Fort justement Elie Domota s’en est gaussé, en disant que « la montagne n’avait pas accouché d’une souris mais qu’il s’agissait simplement d’une grossesse nerveuse ».

On a du mal a imaginer tous ces commerçants véreux renoncer à revendre dix fois plus cher le produit qu’ils ont acheté au transitaire, comme c’est le cas pour les produits vétérinaires. Observatoire et Direction de la Consommation peuvent toujours se pointer. Ils répliqueront qu’ils fixent les prix comme bon leur semble au nom de la libre concurrence. Et les (mauvais) exemples viennent d’en haut, quand le Président du Conseil régional négocie discrètement la levée de l’octroi de mer pour de multiples produits vendus par la grande distribution. Cette réduction de taxes étant rétroactive, ce sont des centaines de milliers d’euros que Marie-Jeanne va ainsi rembourser à ladite grande distribution. Cet argent n’est pas celui de Chabin [2] mais le nôtre, car il faut bien équilibrer les budgets .

Que représentent les articles 73 et 74 ?

On sait que la réforme institutionnelle est discutée par les élus depuis plusieurs années. Elle est devenue un enjeu politique. Pourquoi la population ne s’y intéresse-t-elle pas plus ? Et d’organiser des conférences, des débats, et d’inviter des juristes… En vain. En 2003 la tentative de réforme institutionnelle lancée à travers un référendum se révéla pour les « politiques » un fiasco : le non l’emporta.

Mais cette fois le piège est plus sophistiqué. D’une part il concerne précisément des articles de loi dont on voudrait faire croire que leur application pourrait avoir une incidence à terme sur la vie de chacun. D’autre part l’abstentionnisme militant peut facilement être montré comme une volonté de statu quo qui finalement arrange les puissants. Les békés, par exemple, veulent-ils du changement institutionnel ?

En Guyane, les anticolonialistes du Mouvement pour la décolonisation et l’émancipation sociale prennent clairement position pour l’article 74 qui permettrait, croient-ils, d’instaurer une autonomie partielle du pays. Quant à nous, libertaires, nous ne pouvons nous désintéresser de l’évolution institutionnelle de nos pays mais nous savons que le changement doit d’abord venir de transformations économiques et sociales. D’une bonne administration des choses suivra naturellement une bonne et naturelle administration des hommes.

Nemo (AL Matinik), Jérôme (CAL Guyane)

[1Réunion de plusieurs organisations politiques autonomistes, dans le commune de Morne-Rouge.

[2Surnom de Marie-Jeanne, le président du conseil régional de la Martinique.

 
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