SNCF : Lutter aujourd’hui, pour préparer 2018

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Au premier semestre de l’année prochaine, une loi cadre organisera la privatisation des TER et des trains intercités. En sapant le statut cheminot au passage, pour rendre l’affaire plus alléchante pour les compagnies privées. Faut-il attendre 2018 pour se mobiliser ? Non ! La mobilisation contre la loi Travail XXL peut être un tremplin.

Dans un entretien donné au magazine interne de la SNCF, Les Infos Le Mag du 1er juillet, Macron a dévoilé sa future offensive contre ce qu’il reste du service public ferroviaire. Les sénateurs, Hervé Maurey (UDI) et Louis Nègre (LR) ont déposé au même moment un énième projet de loi de 29 pages visant à accélérer la privatisation totale, ce que les technocrates appellent « ouverture de la SNCF à la concurrence ».

Dans le cadre des textes européens imposant l’ouverture à la concurrence des TER et des TET (anciens Intercités) dès le 3 décembre 2019 et des TGV pour 2020, le matériel, les gares, les ateliers pourront passer au privé. Et les salarié.es SNCF aussi, car si cette dernière perd un appel d’of­fres, les cheminotes et cheminots travaillant sur la ligne, dans la région ou dans le service concernés seront transféré.es chez l’opérateur privé. Bien sûr les entreprises privées pourront profiter d’alléchantes subventions publiques !

Quand la SNCF encourage le transport routier

Cette libéralisation du trans­port de voyageurs rentre dans le cadre du quatrième « paquet ferroviaire », c’est-à-dire un lot de directives européennes qui ont déjà imposé, en 2006, la libéralisation du transport de mar­chandises (fret). Le bilan en est désastreux  : le trafic n’a cessé de baisser depuis l’ouverture au privé. Le transport routier, bien que largement plus polluant, est favorisé par rapport au ferroviaire. En rachetant Geodis, leader du transport routier dans l’Hexagone, la SNCF a même trouvé le moyen, en son sein même, de mettre le fret en concurrence avec la route. Les conséquences seront similaires pour le trans­port de voyageurs, les lignes les moins rentables disparaîtront progressivement. Au nom de la rentabilité et au détriment de la continuité et de l’accessibilité du service public.

La dette de la SNCF n’est pas la nôtre

De pair avec l’ouverture à la concurrence, plusieurs mesures contre les droits des cheminotes et cheminots sont également envisagées : statut, mobilité, régime de retraite, facilités de circulation… Et pour justifier l’attaque, l’arnaque est simple : laisser entendre à la population que l’actuelle dette de la SNCF est due au régime social cheminot et à leurs prétendus « privilèges » qui plomberaient l’entreprise. L’État ac­cepterait gracieusement la reprise d’une partie de la dette, contre un « effort » des salarié.es.

Mais la dette du système ferroviaire n’est pas celle des travailleuses et des travailleurs ! C’est une dette d’État, conséquence de la politique clientéliste du tout-TGV et des délirants systèmes de péage qui depuis vingt ans obligent la SNCF à payer pour faire circuler ses trains sur des chemins de fer qu’elle a elle-même construits ! Ainsi, SNCF-Réseau qui gère les voies, facture des péages aux entreprises ferroviaires, y compris à SNCF-Mobilités !

Si les prix des billets augmentent c’est donc en partie parce que la SNCF paie pour faire circuler ses trains sur les voies du réseau ferré national ! En dix ans, les péages ont augmenté de près de 30 %.

Si le statut est attaqué c’est surtout pour des raisons idéologiques. Casser le statut cheminot, c’est affaiblir davantage la corporation qui constitue un obstacle majeur à la privatisation. Moins les salarié.es du secteur ferroviaire auront de droits, plus leur transfert aux groupes privés sera aisé et avantageux pour les patrons. Le régime cheminot, comme par exemple celui des intermittents et intermittentes du spectacle, représente un contre-modèle gênant à l’heure de ­l’ubérisation et de la précarisation du salariat.

La loi-cadre étant prévue pour le premier semestre 2018, c’est dès à présent qu’il faut se préparer à un affrontement majeur.

Avec 30 % de grévistes le 12 septembre, les cheminotes et les cheminots ont montré qu’ils et elles n’étaient pas tombé.es dans le piège de la division, ni dans la tentation de « garder leurs forces » pour une bataille propre à la SNCF.

Renouer avec la pratique des assemblées générales

La lutte contre loi Travail XXL est aussi la leur. Un isolement par rapport aux autres secteurs, tant souhaité par le pouvoir, nous coûterait cher dans la fu­ture bataille qui s’annonce.

Hélas, pour le 12 et le 21 septembre, il n’y a même pas eu d’appels unitaires à la grève, pas même d’intersyndicale cheminote pour organiser l’action. Plus que jamais, il faut renouer avec la pratique des assemblées générales, au plus près de chaque lieu de travail, pour que chacun et chacune puisse s’exprimer, échanger et décider !

Face aux mensonges du gouvernement, de la direction SNCF et des médias sur nos soi-disant privilèges, il va falloir allumer des contre-feux. Convaincre les usagères et usagers que l’ouverture à la concurrence, eux aussi vont la payer. La mise en place de collectifs d’usagères et usagers contre la libéralisation pourrait ouvrir une piste. Leur construction pourrait s’appuyer sur nos unions locales interprofessionnelles.

Il serait temps que les fédérations syndicales se montrent un plus enclines à organiser ce nécessaire mouvement d’ampleur. Aujourd’hui contre la loi Travail XXL, demain contre la nouvelle loi ferroviaire, c’est toujours une même classe qui lutte. À nous de travailler à son unité.

Des cheminots et cheminotes communistes libertaires


Nouvelles mesures contre le droit de grève

La direction SNCF, elle aussi se prépare à l’affrontement en 2018... en faisant encore reculer le droit de grève.

Elle avait enfoncé un premier coin en 2004, en obtenant la signature de toutes les fédérations syndicales, hormis SUD-Rail et FO, sur un texte visant à « prévenir les conflits sociaux »… Trois ans plus tard, était mise en œuvre la loi de 2007, dont le caractère antigrève a été renforcé à plusieurs reprises depuis.

L’obligation de déposer des déclarations individuelles d’intention (DII) a un effet dissuasif. Jusqu’ici 31 500 cheminotes et cheminots étaient astreints à cette déclaration ; à compter du 1er octobre, la direction a décidé d’en soumettre près de 20 000 de plus à cette règle.

Cette mesure intervient dans un contexte de répression constante et croissante envers les syndicalistes et, plus largement, de celles et ceux qui dérangent. Répression qui va de pair avec un management agressif qui pousse à bout les collègues, parfois jusqu’au suicide. Créer du lien, de la solidarité, du collectif, voilà le seul rempart face à l’isolement et à la détresse qu’il provoque.

 
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