Blockupy : Des rencontres prometteuses

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Les 9 et 10 mai se sont tenues les rencontres de la coalition anticapitaliste européenne Blockupy. Après le succès du blocage de la Banque centrale européenne à Francfort le 18 mars dernier, il s’agit de se doter de perspectives pour porter plus largement la contestation du système capitaliste et de ses politiques.

Blockupy ne veut pas devenir une « machine à événements ». Certes le blocage de la BCE le 18 mars dernier à Francfort a été un succès retentissant. Blockupy a gâché la fête que l’institution financière avait prévu pour inaugurer son nouveau siège et a porté la contestation au cœur du régime de crise européen. Elle a ainsi redonné confiance à celles et ceux qui se battent pour une démocratie débarrassée du capitalisme. C’est dans ce contexte réjouissant que Blockupy a organisé une rencontre à Berlin les 9 et 10 mai derniers pour tirer le bilan du 18 mars et définir une stratégie d’action transnationale permettant de perturber l’action du capital là où elle fait le plus mal. Outre les représentants des collectifs locaux allemands, des délégations venues de Grèce, Italie, Grande-Bretagne et France ont participé aux débats. Les représentants d’Attac Allemagne et de Die Linke ont déploré qu’un certain nombre de participants aux actions soient sorti-e-s du consensus pour l’action. Ce dernier prévoyait de bloquer la BCE au besoin en forçant les barrages de police afin d’empêcher l’inauguration de la BCE, là où un certain nombre d’activistes y ont vu un moyen d’en découdre avec la police et d’incendier certains de leurs véhicules ou de tenter de faire de même avec un bâtiment appartenant à la BCE. Pour autant tout le monde a exprimé sa volonté de continuer et de développer Blockupy.

Contre l’Europe du capital

Plusieurs projets de campagne ont été discutés. Ainsi Blockupy veut développer la solidarité avec le peuple grec pris en tenaille par la troïka (BCE, FMI, Commission européenne), alors que son gouvernement, qui ne veut pas rompre avec le capitalisme, s’accroche désespérément à des négociations qui n’ont d’autre but que de mettre à genou les travailleurs et les travailleuses, les retraité-e-s et la jeunesse de ce pays [1].

L’Europe du capital, c’est aussi celle qui depuis des décennies s’érige vainement en forteresse et abandonne à leur sort les migrants qui traversent la Méditerranée au péril de leur vie. Face à cette indifférence sans fin, Blockupy veut briser le fatalisme en développant des initiatives de la société civile pour porter secours aux migrants échoué-e-s en mer. Enfin avec la spoliation et le racisme, la précarité est une des marques de fabrique de l’Union européenne. Là encore, les réponses traditionnelles sont bien faibles et le syndicalisme a toutes les peines du monde à organiser une main-d’œuvre éclatée. Aussi le projet de grève transnationale dans les entreprises et établissements qui emploient massivement des travailleurs précaires invite à rompre là aussi avec l’impuissance qui décourage toute action collective.

Pour cela Blockupy s’appuie sur des collectifs, des associations de lutte, une partie des organisations syndicales les plus combatives (Solidaires, des syndicats de base italiens, des secteurs de l’opposition syndicale allemande), des centres sociaux, des organisations politiques comme Die Linke, interventionistische Linke, Ums ganze ou Alternative libertaire.

L’assemblage est hétéroclite et n’englobe pas un grand nombre d’organisations de masse, mais la crise de ces dernières oblige à faire preuve d’audace. Pour autant Blockupy ne théorise pas l’action minoritaire comme idéal et entend élargir sa base d’action. Alors que la situation est bloquée à l’échelle nationale, l’action transnationale préconisée par Blockupy peut ouvrir des brèches.

Laurent Esquerre (AL Paris Nord-Est)

[1La question de la solidarité avec la Grèce doit toutefois appeler vigilance, certaines composantes de Blockupy y englobant un soutien au gouvernement grec, d’autres y voyant un soutien adressé au seul peuple grec

 
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