Colo libertaire : Les gamins font les 400 Coups

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Créer sa propre structure d’éduc pop, les 400 Coups, de nombreux animateurs et animatrices en ont rêvé. C’est dans cette aventure que notre bande s’est lancée cette année : coup d’envoi cet été avec une première colo !

L’idée ne sort pas de nulle part ; cela fait des années que nous travaillons, comme moniteurs et monitrices sportifs, anims, responsables ou intervenants et intervenantes culturels, et qu’une partie d’entre nous se réunissait régulièrement pour discuter du lien entre notre métier et nos valeurs (généralement libertaires, on ne va pas s’en cacher ici). Certains se sont débrouillés pour partir ensemble et expérimenter. Il en est ressorti que, puisqu’on avait l’envie et les compétences, on pouvait créer notre organisme et y tester nos projets avec les coudées franches. C’est comme ça que les 400 Coups sont nés, en janvier dernier.

Habitués aux écueils classiques de l’animation, on a anticipé sur une partie d’entre eux. Tout d’abord, on voudrait arrêter d’exploiter les CEE [1]. Il n’y a pas de différence de traitement entre le directeur ou la directrice, l’animateur ou l’animatrice et l’intervenant ou l’intervenante (même bardé-e de qualifications), ce qui permet de monter le forfait journalier à 40 € en fourchette basse. On espère faire mieux et on s’est fixés d’atteindre le Smic à moyen terme. On veut aussi éviter de s’épuiser et avoir du temps pour les enfants, le quota d’anims devrait plutôt tirer sur du un pour six que un pour douze. Notre atout pour atteindre ces objectifs, c’est des intervenants qui intègrent l’équipe comme des anims classiques plutôt que comme prestataires facturant un service.

Le pouvoir aux enfants !

En effet, on veut surtout arrêter les colos « conso », où les enfants passent la journée à faire du poney, du kayak ou du karting et voient les autres temps comme du temps mort. Si chaque camp a un « fil rouge » (théâtre d’objets, cabaret, escalade...), les autres temps sont tout aussi importants. La vie en collectivité et les tâches logistiques (cuisine, ménage, montage et démontage...) sont de vrais moments d’apprentissages. Et ne « rien faire », c’est bien aussi. À la location de campings ou de chalets, on privilégie le bivouac, ou l’échange de service avec des ami-e-s qui disposent de terrains ou d’infrastructures. Politiquement, on a aussi fait quelques choix marqués par nos idéaux.

On refuse le concept de « mixité sociale » qui permet le « vivre ensemble » entre futurs exploiteurs et exploité-e-s. On préfère s’attaquer aux questions de genre, de racisme ou d’inégalités économiques. La mixité se fera de toute façon parce que des gamins « aisés » viendront de toute façon et qu’on va s’adapter pour ne pas laisser les plus en difficulté (pauvreté, handicap, maladie...) sur la touche. On cherche des solutions au cas par cas et on travaille aussi sur des solutions collectives (concerts de soutien en lien avec l’asso Mme Ruetabaga qui travaille sur la Villeneuve, par exemple)  [2] .

Enfin, on a surtout très envie de développer l’autonomie et l’autogestion. On est hyper impatients de lancer nos premiers conseils d’enfants, pour décider des règles de vie commune, de la vie quotidienne, des activités. On a fait trop de colos où les enfants étaient au mieux consultés. On veut des assemblées générales réellement démocratiques, qui associent chacun et chacune à part égale dans l’information, l’analyse et la délibération. En développant aussi au maximum l’autonomie et l’entraide, on espère en faire, au moins le temps d’une colo, des individus critiques, autonomes et solidaires. Les 400 Coups viennent de naître et on espère réussir à développer une alternative viable qui pourra donner envie à d’autres de lancer leurs structures.

Tudy (AL Lyon)

www.les400coups-colo.fr

[1Il s’agit des contrats d’engagement éducatif qui ne sont pas régis par le Code du travail et permettent donc d’employer des animateurs et des animatrices pour des salaires bien inférieurs au Smic (en moyenne 30 euros la journée, pour des journées qui en colo durent en moyenne dix-huit heures...).

[2Mme Ruetabaga, c’est une association d’animation et d’éducation de rue, qui intervient à la Villeneuve, un quartier populaire de Grenoble. Ils mettent en place des pratiques de « pédagogie sociale » (voir le dossier spécial d’AL de juillet-août prochains) et, dans ce cadre, sont en contact avec plusieurs jeunes qui veulent partir avec les 400 coups et ont eu l’idée de faire à manger lors d’un concert de soutien pour financer une partie des frais. www.mmeruetabaga.org/

 
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