Facs : Contre la misère annoncée

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Dans trois mois, 60 % des facs seront « autonomes » à la sauce libérale : elles devront se prostituer aux capitaux privés et augmenter les frais d’inscription pour s’autofinancer. Après l’échec du mouvement étudiant de l’an passé, il faut créer des pôles d’opposition durables.

L’année qui vient de s’écouler marque, pour le mouvement étudiant, une nouvelle défaite après une mobilisation pourtant massive contre la loi sur la liberté et responsabilités des Universités (LRU). Le gouvernement ne cède pas et entend bien lâcher ses chiens de garde dès qu’il le sera nécessaire... La rentrée promet ainsi une répression judiciaire et scolaire généralisée. On compte déjà de nombreuses convocations d’étudiantes et d’étudiants grévistes, des procès en attente, tandis que facs et lycées cherchent à écarter les militantes et les militants les plus investis. On peut citer le cas de ce lycéen bloqueur du lycée Ravel à Paris, dont l’administration refusait la réinscription tant qu’il ne s’engagerait pas par écrit à ne pas participer à de nouveaux blocages ! A contrario, les plaintes déposées par de jeunes victimes des violences policières (notamment les tirs de flashball) n’en finissent plus de s’enliser...

L’orage passé, la ministre Valérie Précresse poursuit son plan en annonçant pour le 1er janvier 2010 le passage à l’autonomie budgétaire de 33 universités dans le cadre de la LRU : 60 % des facs seront désormais « autonomes », c’est-à-dire contraintes de s’autofinancer en grande partie. L’entrée de capitaux privés dans l’Enseignement supérieur et la sélection sociale qui découlent de cette loi sont d’ailleurs doublées d’une augmentation de 1,2 à 2,2 % des frais d’inscription pour la rentrée 2009.

Mais Pécresse n’a pas l’intention de laisser ternir son image par les grévistes. Elle aussi fait du « social » ! La preuve, elle promet la création de 3 807 chambres universitaires pour l’année à venir en plus d’une offre locativepour le moins originale : anciennes casernes rénovées, containers, bâtiments préfabriqués, cohabitations intergénérationnelles, etc. Des habitations de misère qui ne manqueront pas d’enchanter les locataires. Aujourd’hui seulement 7,4 % des étudiantes et des étudiants peuvent se loger en résidence universitaire. Or si l’objectif est la construction de 5 000 logements étudiants par an, il ne faudra pas moins de… soixante ans pour loger les 500 000 boursiers actuels !

Des pôles d’opposition durables

Nous sommes face à un pourrissement accéléré de l’Université publique et des conditions de vie de la jeunesse. Si les mouvements des deux années précédentes n’ont pas fait aboutir les revendications, on peut tout de même apprécier l’émergence de nouvelles pratiques de lutte. L’autogestion des mouvements est de plus en plus à l’ordre du jour dans les assemblées générales, où les coordinations nationales étudiantes sont perçues comme des organes essentiels. Il faut s’appuyer sur ces pratiques pour construire une opposition durable au sein de nos universités, tout en prônant un mode d’enseignement alternatif. Impulser des pôles communistes libertaires dans les facs permettrait non seulement le développement des pratiques autogestionnaires, mais également de soutenir des initiatives qui voient le jour dans la foulée du mouvement de l’an passé.

Pour défendre un enseignement où les étudiants, le savoir et l’émancipation sont une priorité, bon nombre de personnes reprennent l’idée de créer des espaces autonomes au sein des facs, comme des universités populaires par exemple. Celles-ci peuvent être vecteurs d’opposition, mais également de convergence avec les autres secteurs en lutte et les réseaux alternatifs, en devenant des lieux d’échange et des espaces politiques, nécessaires pour faire face au gouvernement et plus largement au système capitaliste.

Camille (AL Toulouse)

 
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