Japon : Alternance : les pourris passent la main aux ripoux

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Les législatives anticipées du 30 août ont vu la victoire écrasante du principal parti d’opposition, le Parti démocrate japonais (PDJ), dans un pays gouverné depuis 1955 par le Parti libéral démocrate (PLD). Se pose à présent la question du caractère social de son programme...

Le parti qui vient de perdre le pouvoir, le PLD, a été fondé en 1955 par divers éléments de droite, responsables de l’expansionnisme nippon durant la première moitié du XXe siècle, et notamment des criminels de guerre soutenus par leurs vainqueurs américains parce qu’anticommunistes [1]. Dans les années 1960, le PLD n’hésitait pas à utiliser les yakusas, la mafia japonaise, pour combattre le mouvement communiste. Depuis cette époque, l’extrême droite existe en tant que tendance au sein du PLD, dans lequel se déroulent de manière continue des luttes de factions (habatsu). Ainsi, les nationalistes, révisionnistes et en faveur du réarmement du Japon, soutiennent généralement de manière critique le PLD, le poussant sur sa droite.

Une belle brochette d’incapables

À part une brève éclipse en 1993, le PLD a régné de manière quasi continue sur la vie politique. Les élections législatives anticipées d’août 2009 auront été sa plus grande défaite historique. C’est que la crise économique qui ravage le Japon depuis des années a creusé les inégalités. La précarité touche plus de 30 % de la population active. Face à cette situation, le PLD s’est contenté de promulguer des réformes néolibérales (particulièrement pendant l’ère Koizumi de 2001 à 2006) : privatisation de la Poste et démantèlement de ce qui restait d’État social. C’est tout cela qui a été vomi par le peuple japonais lors de ces élections

PDJ : rien de neuf sous le soleil levant

Mais le grand vainqueur de ces élections, le PDJ, ira-t-il vers une politique sociale ? C’est extrêmement peu probable, car en réalité le PDJ diffère très peu de son rival. Ce parti est formé en grande partie par d’anciens du PLD, à l’instar d’Ozawa Ichiro ou Hatoyama Yukio, le nouveau Premier ministre. Le grand-père de ce dernier n’est autre que Hatoyama Ichiro, déjà Premier ministre de 1954 à 1955, sous le gouvernement duquel avaient été libérés l’ensemble des criminels de guerre. Même avec l’« alternance », le pouvoir au Japon reste donc fermement ancré au sein des mêmes cellules familiales.

Certes, le PDJ a annoncé vouloir augmenter de quelques yens le SMIC, ou mettre en place une politique d’aide sociale en faveur des plus démunis. Mais on est très loin d’un changement de cap, bien improbable venant de la part de centristes libéraux.

La véritable alternance ne peut venir que des exploité-e-s eux-mêmes, dont un nombre croissant s’organise aujourd’hui dans des syndicats de précaires (PAAF, Yunion) pour affronter le Keidanren, le Medef nippon.

François (AL Paris-Sud)

[1Jean-Louis Margolin, L’armée de l’Empereur, Armand Colin, 2007.

 
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