La 6e extinction massive

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Le constat est alarmant. Les atteintes à la biodiversité ne cessent de s’amplifier. Et la vitesse de cet effondrement s’accélère. Faisons le point brièvement sur quelques études scientifiques récentes.

Année après année, les données scientifiques s’accumulent et vont toutes dans le même sens  : la biodiversité s’effondre sur la totalité des terres et des mers. Citons en premier lieu les travaux de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), créée en 2012 et dont la sixième session s’est tenue du 17 au 24 mars 2018 à Medellin (Colombie).

Ses rapports pointent, par exemple qu’en Afrique quelque 500 000 km2 de terres sont déjà dégradées du fait de la déforestation, de l’agriculture non durable, du surpâturage, des activités minières, des espèces invasives ou du réchauffement.

En Asie-Pacifique, la biodiversité est confrontée à des menaces sans précédent. Aujourd’hui, 60 % des prairies d’Asie sont dégradées, près de 25 % des espèces endémiques végétales et animales sont menacées.

Sur le continent américain, les populations d’espèces animales et végétales indigènes ont décru de 31 % depuis la colonisation par les Européens, et ce taux pourrait monter à 40 % au milieu du XXIe siècle.

En Europe et Asie centrale, la situation n’est guère meilleure  : 42 % des animaux terrestres et des plantes ont enregistré un déclin de leurs populations au cours de la dernière décennie, de même que 71 % des poissons et 60 % des amphibiens.

Pour en revenir à l’Europe, deux études récentes donnent une vision alarmiste de la situation  : «  En moins de trois décennies, les populations d’insectes ont probablement chuté de près de 80 % en Europe. C’est ce que suggère une étude internationale publiée mercredi 18 octobre par la revue PLoS One, analysant des données de captures d’insectes réalisées depuis 1989 en Allemagne  ; elle mon­tre en outre que le déclin des abeilles domestiques, très médiatisé par le monde apicole, n’est que la part émergée d’un problème bien plus vaste » (Le Monde du 18 octobre 2017).

Une extinction sans précédent depuis celle des dinosaures

Le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ont annoncé, mardi 20 mars 2018, les résultats principaux de deux réseaux de suivi des oiseaux sur le territoire français  : «  Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse […]. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans  » (Le Monde du 20 mars 2018). Le déclin observé est plus particulièrement marqué depuis 2008-2009, «  une période qui correspond, entre autres, à la fin des jachères imposées par la politique agricole commune [européenne], […] et à la généralisation des néonicotinoïdes  ». Une étude réalisée par les universités d’East Anglia (Royaume-Uni) et James-Cook (Australie) publiés dans la revue Climatic Change mercredi 14 mars 2018 établit un constat sans appel  : si le réchauffement planétaire se poursuit, près de 50 % des espèces qui vivent actuellement dans les régions les plus riches en biodiversité seront menacées d’extinction locale d’ici aux années 2080 (Le Monde du 14 mars 2018).

Une région comme l’Amazonie qui abrite plus de 10 % de toutes les espèces connues sur Terre et joue un rôle clef dans la régulation du climat mondial, risque de voir disparaître, selon le scénario d’évolution du climat retenu, entre 40 % et 70 % de ses plantes et de ses mammifères.

Comme l’affirment les rapports de l’IPBES «  la Terre est en train de subir sa sixième extinction de masse […]. Les disparitions d’espèces ont été multipliées par 100 depuis 1900, soit un rythme sans équivalent depuis l’extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années  » (Le Monde du 23 mars 2018).

Jacques Dubart (AL Nantes)

 
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