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Chômage : Les offres illégales de Pôle emploi

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La CGT a étudié un échantillon de 1 298 offres sur Pole-emploi.fr, concernant quatre villes et tous les domaines professionnels. Le résultat est affligeant. Comment en est-on arrivé là ? Comment transformer ce constat en outil de lutte ?

Des truands utilisent depuis 2014 Pole-emploi.fr pour détrousser les salarié.es privé.es d’emploi. Ils diffusent une offre bidon, promettent un bon boulot, et demandent au ou à la salarié.e d’avancer des frais avant l’embauche. Cette technique d’arnaque (phishing) est connue par mail, mais la nouveauté, c’est que ça passe maintenant par Pole-emploi.fr. Pourquoi depuis 2014 ? C’est à cette date que la direction de Pôle emploi a décidé de privatiser son site, en autorisant des sociétés privées à diffuser des offres d’emploi sans contrôle préalable, sauf par algorithme logiciel. Petit problème : ce logiciel est une passoire. Les truands font donc désormais la loi sur le site institutionnel.

La CGT [1] réclame le retour du contrôle, avant diffusion, de chaque offre d’emploi par un agent public. Jean Bassères, le directeur général de Pôle emploi, est parfaitement au courant, tout comme Mme El Khomri. M. Bassères répond à la CGT que les chômeurs et chômeuses n’ont qu’à contrôler par leurs propres moyens la qualité des offres. Ou comment se dédouaner de toute responsabilité…

Les chômeurs et chômeuses n’auraient plus le droit d’avoir accès à des offres réelles, et légales ?

Qui a les moyens de se payer un commerce à 800 000 euros ? Alors que la plus de la moitié des privé.es d’emploi ne sont pas indemnisé.es par le Pôle emploi, l’on trouve plein de commerces à acheter sur ce site. Pôle emploi ne recule devant aucune façon grossière de faire gonfler le nombre « d’offres d’emploi » disponibles sur son site.

Faux cdi et « longues missions » de quinze jours

Mais il y a pire encore. L’étude [2] fait ressortir que les entreprises privées qui diffusent, sans contrôle avant diffusion, leurs offres d’emploi sur le site Pole-emploi.fr font perdre leur temps aux candidats et candidates, ne répondent quasiment jamais aux candidatures, mentent souvent sur la nature des offres, ne se préoccupent pas de diffuser des offres en conformité avec le contrat réellement proposé.

De nombreuses entreprises de travail temporaire se moquent du monde en proposant des « longues missions » de six mois, qui se trouvent être en fait des contrats de quinze jours, voire une semaine. Des contrats en CDI sont proposés et se ­trouvent être des contrats de travail temporaire de courte durée.

Des mentions illégales car dénuées de toute réalité sont récurrentes : contrats « renouvelables », « évolutifs »... Certaines offres analysées étaient carrément virtuelles : pas d’embauche à la clef !

Les entreprises d’aide à domicile ne font pas mieux, en indiquant des durées de contrats non conformes à la réalité. Des contrats de six mois qui sont en fait de un ou deux mois, suivis, au bon vouloir de l’employeur, donc sans aucune garantie, d’autres contrats tout aussi précaires. Le nombre d’heures proposées pour les temps partiels sont souvent incohérents, les plannings non précisés. Comment faire alors pour s’organiser quand on a plusieurs employeurs ? Les salarié.es d’aide à domicile, souvent des femmes, sont ainsi doublement pénalisé.es : par le type de contrat, à temps partiel, qui est très contraignant, souvent temporaire, dont la paie est minable. Et par le mode de recrutement, humiliant, car, là non plus, elles n’auraient même pas le droit de savoir sur quel contrat elles postulent réellement.

En l’absence de contrôle réel, le site institutionnel Pole-emploi.fr s’est bien transformé en vitrine publicitaire, où les boîtes d’intérim et les sociétés de travail à domicile se vantent d’embauches mirifiques, et où le mensonge est la norme.

C’est bien tout un système qui s’est mis en place, dont le dindon est le candidat ou la candidate.

Jamais les chômeurs et chômeuses n’ont été aussi contrôlé.es. Une unité de « police des chômeurs » de 200 agents s’est mise en place fin 2014 pour les contrôler à distance, via l’informatique et le téléphone. Dans les agences de proximité, les agents ont 500 personnes à suivre, ils voient les salarié.es privé.es d’emploi tous les quatre mois, au mieux. Les agences sont fermées l’après-midi (accueil sur rendez-vous uniquement). Les agents et agentes « indemnisation » sont condamné.es à être des presse-boutons. Objectif de la direction : privatiser tout, aussi bien le suivi que l’indemnisation. La mobilisation contre les offres d’emploi illégales montre qu’il existe quand même des leviers pour obtenir satisfaction.


Lorient. Pôle Emploi : non au "flicage des... par Letelegramme

L’étude de la CGT montre qu’il est possible de faire ressortir la réalité d’un flot de mensonges. Deux jours de travail pour quinze militants, 1 298 offres analysées, toutes les illégalités synthétisées dans un tableau, chaque offre illégale publiée. La CGT ne va pas lâcher sa revendication de contrôle avant diffusion par un agent Pôle emploi qualifié. La moitié des offres « raisonnables » de Pôle emploi (légalement utilisables pour sanctionner les chômeurs et chômeuses qui ne rechercheraient pas assez de boulot) sont illégales. Les élus et ministres n’ont pas fini d’en entendre parler.

Vladimir (AL Lorient)


NÉGOCIATION SUR L’ASSURANCE CHÔMAGE :
QUEL RAPPORT DE FORCE ?

Alors que le Medef a tout fait pour développer le chômage et la précarité, il rêve de détruire par étapes le filet de sécurité de l’assurance chômage, obligeant toujours plus de travailleurs et travailleuses à accepter des conditions de travail et des salaires déplorables. Les autres basculant au RSA…

photothèque rouge/Meno

Les négociations actuelles sur l’assurance chômage mettent en avant que la violence et la détermination patronales n’ont pas baissé. Mais qu’en est-il en face ? Quelles sont les stratégies des grandes centrales syndicales ? Et si Macron sonnait le glas de l’assurance chômage ?

Bien qu’ayant de nombreuses divergences dans la mise en oeuvre, un consensus CGT-FO-CFDT semblait émerger en 2016 pour exiger une surcotisation sur les contrats courts. En effet, ce sont ces contrats qui coûtent le plus cher à l’assurance chômage : double peine pour les travailleurs et les travailleuses.

Le Medef revient à la table des pseudos « négociations », en voulant imposer, en priorité à son « partenaire-signataire » malfaisant, la CFDT :
• Augmentation du seuil de l’âge pour bénéficier d’une assurance chômage de trois ans : le passer de 50 ans à 57 ans.
• Lissage à la baisse des allocations pour les allocataires les plus précaires (activité réduite), baisses jusqu’à 200 euros pour les travailleurs au Smic.
• Plus de flicage et plus de sanctions pour les chômeurs et chômeuses qui refuseraient les offres « raisonnables ».
• Renvoi des surcotisations des contrats courts aux calendes grecques (hypothétiques négociations de branches).

La CFDT et la CFTC sont déjà ok pour baisser les droits des « séniors », et semblent ok pour faire baisser les droits des plus précaires, car ils l’ont déjà fait par le passé. Emergera-t-il un accord à minima sur la taxation des contrats courts ? Rien n’est moins sûr, alors que le Medef continue son chantage préféré : « Mieux vaut un mauvais accord que la disparition de l’assurance chômage. »

Perdre la gestion de la caisse d’assurance chômage, c’est une perte importante pour le Medef, et toutes les centrales syndicales, qui peuvent ainsi recycler nombre de leurs cadres. Et si Macron faisait réellement disparaître cette caisse, en la nationalisant ? Pas si sûr, il a plus de chance d’avoir un gouvernement « républicain » que « en marche ».

Une chose est sûre : Il est plus que temps que les travailleurs et les travailleuses prennent leurs affaires en main et rejoignent les organisations qui défendent leurs droits. Car si on laisse faire les bandits, ils n’en auront jamais assez, tant qu’on ne sera pas tous au Smic temps partiel ou au RSA.

 
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