Éducation sexuelle : Les collégiennes, l’excision mentale et le retour de bâton




Depuis cette rentrée, un manuel scolaire représente correctement le clitoris dans son entièreté et sa complexité. Serait-ce la fin de l’excision mentale et le début d’une éducation scolaire à l’égalité sexuelle  ?

Le rapport relatif à l’éducation à la sexualité du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes nous a appris en juin 2016 que une fille de 13 ans sur deux et une fille de 15 ans sur 4 ne sait pas qu’elle a un clitoris et 83 % des filles et 68 % des garçons de 3e et de 4e ne connaissent pas la fonction du clitoris [1].

Ce qui est un des résultats de plus d’un siècle d’invisibilisation totale ou partielle de cet organe, y compris dans les traités et les études médicales, depuis qu’à la fin du XIXe, il est apparu évident qu’il ne sert qu’au plaisir des femmes, donc à peu près à rien pour la société patriarcale. Invisibilisation renforcée par le fait que l’éducation sexuelle prévue tout au long de la scolarité n’est que rarement mise en place dans les établissements. C’est à la fin du XXe que des études anatomiques précises ont (re)commencé, même si science et médecine s’y intéressent peu. On peut imaginer qu’il n’y a pas de raisons capitalistes de le faire, les femmes étant encouragées à développer leur féminité à travers la consommation de cosmétiques, pas grâce à leurs organes sexuels. Un film en 2004 relie anatomie détaillée, plaisir et oppression, Le clitoris, ce cher inconnu [2]. La (re)découverte qui commence à ce moment là est que le clitoris est un organe bien plus volumineux que la représentation habituelle (mais rare) d’un petit bouton caché sous son capuchon. En 2016, une chercheuse indépendante en fait une impression 3D et propose librement le programme qui la permet aux professeurs de sciences de la vie et de la terre (SVT). Ce qui tombe bien, puisque dans les programmes scolaires (2011 en lycée, 2016 en collège), les bases biologiques du plaisir doivent être ajoutées à l’étude de la reproduction pour étudier une sexualité un peu plus complète. Le projet SVT-égalité [3] analyse à quel point ce n’est pas gagné et combien il est probable que les enseignantes et enseignants de SVT n’ajoutent pas forcément le clitoris à un programme qui ne le mentionne pas expressément. D’autant plus si les manuels ne le mentionnent pas non plus. Grand bruit a été fait en cette rentrée du fait qu’UN manuel représente le clitoris correctement, quand d’autres le réduisent à peu ou rien.

Il est à craindre que ça ne suffira pas pour que l’accès au plaisir des filles et des femmes devienne socialement aussi important que celui des hommes, participant ainsi à la lutte contre les mutilations (y compris mentales ou esthétiques dans les pays riches) et la culture du viol.

Dans l’éducation nationale, le clitoris au programme ?

La représentation correcte du clitoris avec ces bulbes entourant l’entrée du vagin est une bonne chose pour la célébrité de cet organe et pour la vérité anatomique. Mais l’idée que le coït peut suffire pour que les femmes hétérosexuelles atteignent l’orgasme reprend du poil de la bête, voici venu le temps du «  mythe de l’orgasme par stimulation intravaginale du clitoris  » [4].

Christine (AL Orne-Sarthe)

[4«  Le mythe de l’orgasme vaginal  » sur www.alternativelibertaire.org

 
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