3e mois de grève aux laboratoires Besins à Montrouge (92)

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L’industrie pharmaceutique est subventionnée par l’État via la Sécurité sociale : que les médicaments soient bons ou mauvais, ils sont de toutes façons remboursés, et les prix des médicaments sont garantis par l’État.

Le cadre

Besins : un des derniers laboratoires familiaux de l’industrie pharmaceutique, (300 salariés en Belgique et en France).

Un chiffre d’affaires de 101 millions d’euros en 2004. 23,4 millions d’euros de dividendes distribués à l’actionnaire unique, soit plus du double des frais de personnel.

Trop de profits ? Voilà le drame. Il faut donc licencier. Le licenciement de 28 ouvriers et techniciens, soit la moitié des effectifs de la production, n’a que deux causes : le dumping fiscal et la pression pour faire baisser les salaires sur place (à Montrouge : 150 salariés, et à Cachan : 15 salariés).

La production destinée à plus de 100 pays sera transférée vers la Belgique, ce paradis fiscal inattendu, qui ne connaît ni l’impôt de solidarité sur la fortune, ni les droits de succession sur les entreprises.

La direction veut licencier en priorité toutes les ouvrières et ouvriers qui avaient eu une promotion ; ces promotions ne concernaient pas personnellement la majorité des ouvriers, mais les quelques promus par la formation professionnelle faisaient honneur à tous ; la direction tend aux ouvriers le miroir dans lequel ils se voient tels qu’ils sont : la classe maudite, sans autre issue que la révolte.

L’historique

Depuis l’origine, la direction instrumente les délinquants contre les syndicalistes authentiques. La direction compose aussi avec les provocateurs racistes.

Pendant des années, la direction avait recruté sur un critère d’appartenance à une religion déterminée ; aujourd’hui, la direction qualifie cette religion de secte. Pour les salariés, la secte, c’est celle de prétendus dirigeants lunatiques qui mettent en scène leurs changements de cap pour se donner les apparences du pouvoir.

Après 20 ans de lutte intransigeante des syndicalistes pour la suppression des différences de statuts entre les catégories de personnel, et contre les discriminations de toutes sortes, le corps à corps entre délégué et patron avait atteint ses limites : le « tout délégué » avait conduit à l’autoritarisme, aux calculs personnels, à l’esprit de boutique, et finalement à la paralysie.

Il a fallu tout réinventer.

La première grève, très spontanée, depuis 150 ans d’existence de l’entreprise, avait duré 7 jours en 2002, pour les salaires. De cette grève était née la première vraie section syndicale ayant une vie démocratique, la CFDT Besins.

Au cours de la grève actuelle, qui a commencé le 30 novembre, les grévistes ont dû dégager des revendications communes aux salariés nouveaux et aux anciens, aux salariés qui veulent rester et à ceux qui envisageaient de partir si les indemnités de licenciement étaient suffisantes.

Les grévistes ont essayé d’atténuer le défaut de la convention collective, qui prévoit une échelle des indemnités de licenciement très inégalitaire : de 0 à 20 mois d’indemnités, en fonction de l’ancienneté et aussi de l’âge. Au départ, la direction proposait de 2 à 7 mois d’indemnités supplémentaires à celles de la convention collective, et aussi de 1 à 3 mois en plus pour les départs volontaires. Ce système aggravait le fossé entre nouveaux et anciens.

Les grévistes ont donc demandé 40 mois supplémentaires pour tous.

Aujourd’hui, la direction propose de 12 à 16 mois, plus 3 mois pour les volontaires.

Une deuxième revendication, non satisfaite, c’est l’égalité de traitement entre volontaires, contre le piston ou les règlements de compte.

Une troisième revendication, non satisfaite, c’est le maintien du salaire en cas de reclassement interne à un poste ne nécessitant qu’un niveau de qualification inférieur, ou bien, en cas de reclassement interne à un poste supérieur, l’attribution du salaire moyen effectif, au lieu du salaire minimum de la convention collective comme le voudrait la direction.

Les grévistes s’organisent

La section syndicale SUD Chimie avait été fondée un jour avant la grève actuelle.

Le délégué syndical SUD a été élu le premier jour de la grève par tous les grévistes, non syndiqués et syndiqués de toutes étiquettes (SUD, CFDT, FO, CFTC,...).

Les décisions en rapport avec la grève sont votées par les grévistes. Un transfert de fonds de la caisse de SUD Besins à la caisse de grève a été voté par deux collèges successifs : le premier collège est composé de tous les grévistes, (syndiqués SUD ou non), qui votent pour donner un avis ; le second collège est composé de tous les syndiqués SUD, (grévistes ou non), qui votent pour la décision.

Les grévistes ont élu trois porte-paroles, (les délégués SUD et CFDT, un autre des fondateurs de SUD).

La direction a fait immédiatement annuler la désignation du délégué syndical SUD au tribunal d’instance et a fait convoquer les trois fondateurs de SUD par le commissariat de police.

Les grévistes bénéficient d’un important soutien moral et financier, de Solidaires-92, de SUD Chimie, et aussi de ATTAC Montrouge. Mauvaise nouvelle pour la direction : les adhérents à la CNT de l’entreprise ont décidé récemment de se manifester.

Et demain ?

La direction prévoit d’étaler l’envoi des lettres de licenciement de fin février à fin juin, en tout cas après le départ progressif des machines.

Les grévistes doivent rester mobilisés. L’inspection du travail veille.

Les grévistes ont demandé à rencontrer de nouveau la direction belge.

Les grévistes cherchent des relais dans les media, peu réceptifs pour le moment, et des contacts avec les salariés de Belgique.


Voir :

  • Un article intéressant sur www.montbouge.net
  • Ça m’intéresse n° 299 janvier 2006, pages 28 à 31 : « A qui profite le trou de la Sécurité sociale ? »
 
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