Edito : Pourquoi le capitalisme veut la guerre

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« Incorrigibles révolutionnaires, vous ne changerez jamais. Arrêtez de délirer et sortez de votre manichéisme qui consiste à voir le mal dans un capitalisme forcément méchant et le bien dans des mouvements sociaux et des luttes que vous ne cessez de magnifier sur un ton incantatoire... » Combien de fois n’avons nous pas entendu de telles leçons de la part de nos adversaires ou de rares amis lassés et cédant aux poncifs du réalisme gestionnaire.

Aussi nous ne sommes pas mécontents de voir parfois nos ennemis de classe se lâcher complètement.

C’est ainsi qu’on a pu entendre fin septembre Horst Köhler, directeur général du Fonds monétaire international affirmer « qu’une action militaire de courte durée, circonscrite à l’Irak, aurait probablement un impact limité sur la croissance » et qu’elle aurait même un « effet positif » car ce serait une « clarification de la situation ».

En novembre, c’était au directeur de la Deutsche Bank d’en remettre une louche en déplorant les incertitudes de la situation économique mondiale et en affirmant que la seule façon de relancer l’économie, c’est la guerre. Lors d’une déclaration en conseil des ministres (novembre 2002), Francis Mer, ministre de l’Économie et des Finances devait déclarer qu’il pensait exactement comme lui.

L’Irak possède 11 % du pétrole mondial, un pétrole dont par ailleurs le coût de revient est le plus bas de la planète si on le compare à celui de Russie, d’Arabie Saoudite ou du Venezuela.

Pour les capitalistes, une guerre rapide et victorieuse en Irak, ainsi que la mise sous tutelle de ce pays serait un bon effet d’aubaine, la main basse des États-Unis sur le pétrole irakien contribuerait à relancer l’économie américaine et par ricochet l’économie mondiale. Le coût annoncé d’une telle guerre, 200 milliards de dollars, dont l’administration américaine mutualiserait les coûts en présentant la note à tous les membres de la coalition internationale formée autour d’eux, serait en grande partie amorti par une mainmise sur le pétrole irakien qui garantit une plus-value maximale.

En France, c’est également à une guerre, sociale celle-là, que se livre le capital. Nul besoin d’armes de destruction massive pour la mener, les armes de la domination symbolique suffisent amplement et quand l’adversaire, routiers par exemple, montre un peu trop les dents, le recours aux CRS suffit pour mettre tout le monde d’accord.

Cette guerre-là est plus longue, c’est une guerre d’usure. Mais le butin de guerre est tout aussi alléchant. Il a pour nom services publics et protection sociale. À cela il faut rajouter la destruction des droits collectifs expérimentée d’abord sur les plus faibles, les sans-papiers, symbole d’un monde tel que les capitalistes le rêvent, c’est-à-dire sans aucun droit.

Cette entreprise d’appropriation capitaliste de la sphère sociale et publique ne se fait pas sans résistance ce qui explique la longueur du processus, mais alors que celui-ci tend à s’accélérer et du même coup à se clarifier, la faiblesse des réponses de la part des travailleurs(ses) et des sans a de quoi déconcerter.

La peur se mêle à l’inquiétude et au mécontentement, mais la tétanisation est telle qu’elle bloque toute expression de révolte. Les syndicats pourtant parfaitement au courant des projets gouvernementaux et patronaux ne veulent pas en jouer, certains jusque-là accompagnaient les politiques libérales. Mais à force de se fourvoyer dans des journées d’action sans lendemain et sans perspective de construction d’un mouvement d’ensemble, les plus combatifs sont réduits à jouer un rôle d’accompagnement social dans le cadre d’une défaite annoncée et de plus en plus intégrée.

Cette torpeur s’explique du fait que l’identité des travailleurs(ses) et des sans se structure ou plutôt se déstructure dans un monde profondément déshumanisé et que la domination symbolique et le conditionnement idéologique sont plus forts que jamais. Celles et ceux que le capital frappe ne répondent pas en rendant les coups et en essayant de prendre le dessus parce qu’ils et elles évoluent dans un univers de plus en plus dégradé et qu’ils et elles ont une image profondément dévalorisés d’eux-mêmes.

Le désir de se battre, d’en découdre avec le capital passe donc indéniablement par la reconstruction d’une identité de classe s’appuyant sur les valeurs d’utilité sociale, d’égalité, de liberté, d’autonomie et de solidarité, des valeurs fondatrices d’un projet autogestionnaire pour le XXIe siècle.

Alternative libertaire, le 19 décembre 2002

 
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