80 km/h sur les routes : cinq raisons de regimber

Version imprimable de cet article Version imprimable


Cette mesure, positive pour la sécurité routière, est révélatrice des inégalités sociales et territoriales.

Le gouvernement a décidé de limiter la vitesse sur les routes « sans terre plein central » à 80km/h au lieu de 90km/h à partir de juillet 2018. Cette décision ne fait clairement pas l’unanimité auprès de la population.

Le Front national s’est saisi de la question en lançant une pétition. Une autre de la Ligue des conducteurs dépasse les 2 millions de signataires. De leur côté, les milieux militants « progressistes » rient jaune : « Les gens ne se bougent pas pour les réfugié.es, mais pour leur voiture il y a du monde ». Pourtant, généralement, nous n’avons pas l’habitude de considérer qu’une lutte en empêche une autre. N’y a-t-il pas un côté malsain à mépriser des revendications du quotidien, qui semblent affecter beaucoup de gens ? Eh quoi, ne sommes-nous pas touchés collectivement par cette mesure ? Sous prétexte qu’elle n’est pas étiquetée « Marx et Bakounine l’ont théorisé », doit-on l’ignorer ? Ignorer que ça pose problème à des tas de gens ? Alors voilà cinq raisons pour se positionner contre cette limitation à 80 km/h.

1. Donner du temps à son patron. Les 80 % des salarié.es qui prennent leur voiture pour aller au travail verront leur journée de travail s’allonger du temps nécessaire supplémentaire. Bien sûr en agglomération, ça ne changera pas grand-chose. Mais en zone rurale, sur un trajet de 60 km aller-retour perdra environ 3 minutes. À la fin du mois, c’est une heure et quart supplémentaire qu’on offre au patron.

2. Accélérer la métropolisation. Les politiques publiques vont dans le sens d’une concentration de la vie économique et sociale dans les pôles urbains : fermeture des services publics, fusion des régions, fusion des collectivités locales… Augmenter les temps de trajet en milieu rural, c’est compliquer la vie de celles et ceux qui y habitent ; c’est aussi augmenter les chances que les entreprises s’installent près des autoroutes et des villes.

3. Donner des sous à Vinci. Les trajets en nationale sont déjà longs. Celles et ceux qui évitent l’autoroute, le plus souvent pour des raisons économiques, augmenteront encore leur temps de trajet. Tant pis pour eux s’ils et elles persistent sur la nationale. Tant mieux pour Vinci et Eiffage s’ils et elles cèdent aux sirènes du 130km/h à 1 euro les 10 km.

4. Plus t’es riche, moins tu raques. Les radars automatiques rapportent 1 milliard d’euros de recettes à l’État. Tout le monde sait qu’il est facile de se faire flasher pour quelques km/h de trop lors d’un moment d’inattention. Heureusement il y a des solutions : entre autre régulateurs de vitesse et applications GPS qui indiquent les positions des radars. Mais tout ça a un coût. Au final c’est plus facile de prendre une amende quand on a une vieille bagnole et pas de smartphone.

5. Augmenter le prix des livraisons. Augmenter les temps de trajet, c’est mécaniquement augmenter le tarif des transporteurs : plus de temps passé, plus de temps facturé. Et les commerçants reporteront ce prix sur leurs clients. Il y a donc fort à parier que nous subissions une légère hausse des prix.

En conclusion, si cette mesure n’est pas, de loin, la mesure la plus catastrophique du gouvernement Macron, elle aura des conséquences. C’est clairement une mesure anti-sociale et anti-rurale. Pour réduire la mortalité routière, on pourrait envisager d’autres pistes, plus en phase avec notre projet : gratuité et développement des transports en commun (y compris en zone rurale), développement des services publics sur tous les territoires, décentralisation de l’activité économique, construction et réquisition de logements. En bref, donner la possibilité de faire plus de choses à côté de chez soi : travailler, se soigner, envoyer un colis, faire ses courses…

Épic (AL Auvergne)

 
☰ Accès rapide
Retour en haut