Grève de sans-papiers à Orléans : La greffe ne prendra pas sans nous

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Le 24 novembre 2009, venus des Hauts-de-Seine, des travailleurs sans-papiers en grève entraînent leurs camarades d’Orléans dans la lutte. Mais le sectarisme de l’UD CGT Loiret et l’absence de soutien du mouvement social local oblige les sans-papiers d’Orléans à reconstruire leur lutte.

Les travailleurs sans papiers d’Orléans ont enfin rejoint le mouvement initié en octobre dans la région parisienne. Organisés par l’Union syndicale de l’intérim CGT, ils étaient une centaine à occuper pendant une semaine, cinq agences de travail précaire du centre ville d’Orléans. Les premiers grévistes, essentiellement des travailleurs du bâtiment, étaient venus du 92, suivant la stratégie d’extension de la lutte portée par la CGT. Ils ont été rapidement rejoints par des « vétérans » de la lutte des Mauritaniens, qui avait duré plusieurs semaines en 2007, à Orléans. Sur le papier, la grève des travailleurs sans papiers est soutenue par l’ensemble des forces du mouvement social orléanais, mais concrètement, dans la rue et sur les piquets de grève, il n’en est rien. La comparaison avec la lutte exemplaire de 2007 s’arrête donc là. Impulsée par L’Union syndicale de l’intérim, la lutte a été reprise presqu’à contre cœur par l’UD CGT du Loiret. Factuellement, l’UD CGT a trop longtemps tenu les autres organisations syndicales à l’écart, dont Solidaires, pourtant soucieux d’apporter leur aide dès qu’ils ont eu connaissance de la grève. Pour les militants du mouvement social orléanais, la surprise fut en effet totale d’apprendre que des agences d’intérim étaient occupées !

Rien d’étonnant donc de ne voir que quelques militants syndicaux et politiques en soutien sur les piquets de grève, tandis que les cars de police, flanquant les huissiers, arrivaient pour briser la grève. Importée de la Région parisienne par la CGT, très peu soutenue mais accaparée par l’UD CGT Loiret, la lutte des travailleurs sans papiers s’est construite sans véritable lien avec mouvement social orléanais.

Pour preuve, la manifestation de soutien du samedi 12 décembre, ne réunissait pas plus d’une centaine de personnes. Un véritable fiasco. Volonté d’hégémonie et mise à l’écart des autres acteurs syndicaux laissent plus qu’un goût amer : quid des travailleurs sans papiers et des autres soutiens ?

Face aux risques judiciaires qu’impliquent occupations et exclusions, l’UD CGT a su dans le passé infléchir son sectarisme pour rechercher un soutien plus large. Pas question pour elle de faire face, seule, aux menaces. On observe donc un cycle en trois phases de la stratégie de l’UD CGT. Première phase, la CGT construit seule la lutte, sans souci d’élargir le front, bien au contraire. Dans la seconde, elle fait tout de même appel aux autres forces syndicales et politiques de gauche, pour faire face à la répression d’Etat… Enfin, troisième phase, il lui faut recentrer la mobilisation autour d’elle, et tout est à refaire. Il est donc temps de redonner aux travailleurs sans papiers eux-mêmes la direction de leur lutte et d’impliquer réellement, dans le soutien, toutes les forces syndicales. Sans enracinement dans le mouvement social orléanais, la grève des travailleurs sans papiers ne prendra pas. En dépit de ces difficultés, il est crucial que le mouvement s’étende à toute la France.

AL Orléans

 
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