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Voir : La série « Trepalium »

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Les six épisodes de la série Trepalium – produite en 2015 et diffusée sur Arte en février – nous projettent dans un futur proche, au cœur d’une agglomération qui n’est jamais nommée et située, et qui pourrait être partout dans les pays capitalistes avancés. La population est séparée en deux par un mur lourdement gardé. D’un côté, la « Zone », ou survivent les 80 % de chômeurs et chômeuses, de l’autre, la « Ville » ou habitent les 20 % d’actifs et d’actives et où trônent les sièges des multinationales.

Un groupe révolutionnaire clandestin de la Zone, « les activistes », réussit à faire pression sur le gouvernement et à le contraindre à l’emploi de 10 000 « travailleurs solidaires » recrutés dans la Zone. Cette mesure crée une interface dans une société séparés pendant trente ans par le mur et par deux réalités diamétralement opposées, . Le scénario met en scène une Zonarde, Izia, mère célibataire combative, qui veut réunir de l’argent pour partir avec son fils dans le « Sud, ou il y a du travail pour tous », employée solidaire chez un actif, Ruben, père d’une enfant « mutique » prêt à tout pour obtenir une promotion au sein de la multinationale Aquaville.

Au fil des épisodes, le système d’apartheid social symbolisé autant que matérialisé par le mur de séparation se détaille. C’est l’approfondissement du capitalisme qui a exigé pour les dominants le recours au mur. Mais le déclassement est une épée de Damoclès pour celles et ceux qui vivent en ville, monde lisse et uniforme, émaillé de gadgets technologiques, où l’on vit en permanence sous la peur du licenciement, et de l’expulsion dans la Zone qui en résulte, où l’on se plie à l’autodiscipline de vie sévère d’une société ou le travail est vide de sens, où le management d’entreprise extrême fait loi, et où dès leur jeune âge les enfants sont socialisé-e-s dans le seul but de devenir des actifs performants ; de l’autre côté du mur, le rêve de l’emploi, et de l’accès à la ville est puissant pour les Zonards, que la volonté de survie réduit aux comportements les plus individualistes pour trouver de l’eau ou de quoi manger, où le rêve de l’exil, de la migration clandestine dans un Sud fantasmé où l’on peut travailler… mais les passeurs exigent beaucoup d’argent et cet horizon lui aussi est muré.

On perçoit la société de contrôle que nous dépeint Trepalium également du côté du pouvoir. Maintenir les apparences et maintenir l’ordre social sont les deux plus lourds impératifs du gouvernement, objectifs réalisés à grand renfort de communication et par la force. Mais l’alternance entre les postures politiciennes suffira-t-elle pour colmater les fissures ­d’une société qui ploient sous d’aussi lourdes contradictions ?

Cette série accessible offre une vision incarnée et scénarisée de notre critique du lisse cauchemar capitaliste et des contre-utopies ravageuses portées par ses élites. De ce point de vue, elle ne peut qu’être bien accueillie par celles et ceux qui luttent aujourd’hui contre le capitalisme et son monde, bien qu’en symétrique on puisse regretter, en tant que communistes libertaires, que les résistances présentées dans cette fiction soient relativement lisses elles aussi, ce dont vous vous ferez une idée en allant jusqu’à l’épisode final.

Étienne (Grenoble)

  • Trepalium, de Antarès Bassis, et Sophie Hiet, 2015, 6 x 52 min.


TREPALIUM, teaser 1 - ARTE par GQFrance

 
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