Journée d’action du 16 novembre : Pour vingt-quatre heures... et plus  !

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Une réflexion sur la grève interpro du 16 novembre, tenue malgré les difficultés à mobiliser. Un extrait du blog « À celles et ceux qui luttent et qui résistent » tenu par Théo Roumier sur Mediapart.

Que l’on soit à la CGT, à Solidaires, ou même partisan.es de collectifs du Front social… nous sommes nombreuses et nombreux à nous interroger : que se passe-t-il, pourquoi ça ne prend pas, pourquoi la grève, franche et massive, ne s’impose-t-elle pas dans le paysage social de ce début de quinquennat macronisé ? [… ]

On peut rejeter la faute à la forme de la contestation depuis le 12 septembre, les journées de grève de vingt-quatre heures « saute-mouton », et à leurs organisatrices, les « directions syndicales » : ce serait croire que toutes les causes de nos difficultés viendraient d’« en haut ». [… ]

On peut aussi étriller le corporatisme, par exemple des syndicats de fonctionnaires qui, avec la journée de grève du 10 octobre, seraient venus percuter la mobilisation interprofessionnelle : mais l’enjeu n’était pas de dénoncer, mais de prendre appui sur cette mobilisation, corporative oui, pour y faire converger d’autres revendications. C’est ce qu’ont tenté plusieurs intersyndicales départemen­tales [… ].

On peut toutefois estimer que des initiatives fortes prises par une intersyndicale nationale un peu plus dynamique aideraient à donner confiance : certains collectifs syndicaux mettent ainsi en avant l’idée d’appeler à deux ou trois jours de grèves consécutifs. Pourquoi pas, il faut discuter de cette idée là et il n’y a pas de raison de ne pas la proposer à l’intérieur de nos organisations. [...]

La mise en place d’une caisse de grève nationale, comme tente de le faire le syndicat Infocom-CGT, pose des questions qu’il faut regarder sincèrement : si l’objectif est de généraliser la grève, qui va donner de l’argent à qui ? Ne court-on pas le risque de favoriser la grève par procuration ? [...] Ce qu’ont dit les grévistes des raffineries en 2016 c’est qu’ils et elles avaient surtout besoin qu’il y ait de la grève le plus possible, partout. Pour autant, il ne faut pas nier que l’aide apportée à des milliers de salarié.es par ce biais, ainsi que la grande transparence de l’opération sont éminemment appréciables. [...]

Continuons, sans lâcher, de construire ces journées de grève de 24 heures, toute « saute-mouton » soient-elles […] mais, comme des journées de colère, de révolte sur les lieux de travail. Utilisons-les pour que la pa­role se libère au travail, que les salarié.es s’expriment. Utilisons-les pour organiser en régions des manifestations, des actions qui sortent de l’ordinaire de la manif de centre-ville et qui soient utiles pour le cadre de mobilisation que nous avons choisi : défilons, grévistes et sections syndicales CGT, SUD ou FO dans les zones d’activités commerciales et industrielles, invitons à débrayer, retrouvons le goût des blocages ponctuels, en ciblant là encore les intérêts économiques. […]

Il nous faut exprimer haut et fort des revendications qui puissent avoir une portée équivalente à celle des 8 heures pour la CGT de 1906 (celle de la Charte d’Amiens, tiens), qui combinent à la fois amélioration immédiate – et vue comme telle par les salarié.es – et projet de société, ici libérant le temps de la rapacité patronale. Soutenir et faire connaître aussi les expériences d’autogestion, comme celles des Scop-Ti ou de Vio.Me qui démontrent que les richesses sont bel et bien produites par celles et ceux qui travaillent. [...]

Théo Roumier (syndicaliste SUD, Orléans)

 
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