Israël : Solidarité avec les réfractaires

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Il y a un Israël militariste et colonialiste qu’on ne présente plus et puis il y en a un autre, celui des femmes en noir, des pacifistes et des réfractaires solidaires des Palestiniennes et des Palestiniens…

Les élections du 28 janvier voient s’affronter deux généraux, Sharon pour le Likoud et Mitzna pour le Parti travailliste. Le boucher de Sabra et Chatila, donné largement vainqueur, malgré la corruption révélée au grand jour qui gangrène son parti. Mais quel que soit le résultat des élections, la victoire dans les primaires travaillistes de la « colombe » Mitzna sur le « faucon » Ben Eliezer, même si elle ne doit alimenter aucune illusion est une des conséquences de la crise de ce parti et témoigne de la pression exercée par les mouvements pacifistes israéliens.

Le mouvement des refuzniks

Le mouvement des objecteurs, appelés aussi refuzniks, a une place importante parmi les groupes anticolonialistes. Il est présent sur deux « fronts », celui de la réserve et celui de la conscription.

Lancé publiquement par 52 réservistes en janvier 2002, le mouvement de refus de servir dans les territoires occupés a réussi à s’imposer dans le débat politique en Israël. Dans un pays où l’armée est omniprésente, le fait que des réservistes, avec d’impeccables états de services, soient prêts à aller en prison plutôt que de participer à la répression a un grand impact, qui n’est pas sans influence sur l’évolution des travaillistes. Malgré l’hystérie sécuritaire décuplée après chaque attentat suicide, malgré la répression qui se renforce, à la mi-décembre, ils étaient 516 réservistes à avoir rejoint le mouvement. En un an, ils sont des dizaines à avoir fait des peines de prisons, de 28 jours maximums, mais renouvelées plusieurs fois. De plus, les réservistes ne reçoivent pas de salaire de leurs employeurs s’ils sont en prison, ce qui est dissuasif pour ceux qui ne peuvent pas se permettre de perdre un mois de salaire.

En septembre 2001, 62 jeunes israélien(ne)s n’ayant pas encore effectué leurs trois années de conscription, annoncent publiquement leur intention de ne pas participer à l’occupation tout en laissant chacun libre de choisir sa façon d’objecter. La majorité choisit de refuser de servir dans les territoires occupés, mais un petit nombre choisit de refuser totalement le service militaire. En septembre 2002, ils sont 215 à faire partie du groupe, c’est le signe qu’une dynamique s’est enclenchée dans la jeunesse, étant donné l’importance pour les jeunes israéliens du service militaire, en particulier pour la suite de la carrière professionnelle. D’autant plus que la répression frappe plus durement les appelés que les réservistes.

Ceux qui risquent le plus sont les objecteurs totaux puisque Israël ne reconnaît pas le droit à l’objection de conscience. Jusqu’à présent, ces objecteurs étaient réformés après avoir purgé une centaine de jours de prison, les autorités craignant d’en faire des martyrs si elles se montraient trop dures.

Durcissement de la répression

L’enracinement du mouvement commence à poser des problèmes à l’armée, parce qu’il remet en cause certains des mythes les plus ancrés dans la population d’Israël. Ainsi, le mythe qui fait de Tsahal une armée uniquement défensive est en train de s’écrouler pour laisser place à la réalité d’une armée d’occupation qui opprime tout un peuple. L’inquiétude de l’état-major se traduit concrètement par un accroissement de la répression. Incapables de freiner le mouvement, les autorités cherchent à le briser. De plus en plus de prisonniers sont détenus en isolement, d’autres sont victimes de mauvais traitements, comme Yigal Bronner refuznik et militant actif de Ta’ayush. Mais surtout, les peines de prisons se succèdent, frappant particulièrement les militants les plus radicaux, comme les objecteurs totaux Jonathan Ben-Artzi et Uri Ya’acobi, condamnés le 8 décembre à la prison pour la sixième fois, soit un total provisoire de 161 jours de prison pour le premier et de 134 pour le second. Dans les mois à venir, l’extension du refus de servir la colonisation dépendra aussi de notre solidarité avec les réfractaires israéliens.

Hervé (AL Marseille)

  • Pour soutenir moralement les refuzniks emprisonnés il faut leur écrire à : « Nom de l’objecteur », PO Box 16238 Tel Aviv, Israël.
  • Vous pouvez aussi envoyer des e.mail à dash@seruv.org.il.
  • Pour le soutien financier aux emprisonnés et à leurs familles contacter keren@yesh-gvul.org.
 
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