Logement : Pas de trêve pour les victimes de la rue

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La fin de la trêve hivernale 2015-2016 a donné lieu, comme toujours, à une vague d’expulsions, sans qu’aucune solution sérieuse ne soit envisagée. Au contraire, la situation s’aggrave, les besoins augmentent et les centres ferment, tandis que l’État assure gérer la misère avec humanité.

Pour les victimes de la rue, ni bruit d’explosion ni rafale de fusils : une chanson pour Noël et on repart pour une année de galères. Les attentats raflent des centaines de vie d’un côté pendant que de l’autre les inégalités tuent des milliers de personnes dans notre pays.

Qui sont ces victimes ? On parle couramment de publics SDF alors que professionnellement on distingue les personnes sans abri, les grands exclus et les réfugié-e-s pour tenter de saisir une réalité complexe. Plus de 3 700 personnes ont perdu la vie dans la rue depuis 2007 en France [1]. La trêve hivernale a pris fin il y a un mois, le 1er avril. Le dispositif de l’urgence sociale a déjà réorienté de nombreuses personnes hébergées : vers des logements autonomes, par l’insertion ou des solutions personnelles. Mais comme chaque année, d’autres retourneront à la rue, ou verront au mieux leur séjour prolongé sur de l’hébergement précaire. Les places se réduisent et une partie de l’opinion se soulage à l’idée que l’été est moins pire que l’hiver.

Dissimulation de la souffrance

De nombreuses personnes ne sollicitent plus les services d’accueil : la réponse est bien souvent négative, et le principe de « non remise à la rue » pendant l’hiver reste très théorique. Et à côté de cela ? Dans un contexte de pénurie généralisée, les baux de deux autres centres non hivernaux se sont soldés par un non-renouvellement. Soit plus de 150 personnes (beaucoup vivant depuis au moins un an et plus sur le site) à qui l’on annonce une réorientation dans la mesure du possible.

Pendant ce temps, les expulsions des squats, des campements, des centres d’accueil pour les demandeurs d’asile, des hôtels comme des logements particuliers, reprennent de plus belle. Ce fut le cas des campements de La Chapelle et d’Austerlitz. L’État disait agir par « humanisme » face caméra ou sur Twitter, alors qu’en coulisse, il dispersait des personnes dans toute l’Île-de-France, sur des lieux précaires, réquisitionnés du jour au lendemain au détriment des autres usagers du 115, et sans soutien alimentaire. On dissimule ainsi la souffrance de ces victimes jusqu’à l’hiver prochain – quand on ne la fait pas taire à coups de tonfa comme c’est arrivé cette année aux migrants et migrantes installé-e-s sur l’esplanade de la halle Pajol à Paris. Qu’attendre de 2016 ? Le nombre de décisions d’expulsion progresse depuis des années. Les expulsions avec intervention de « la force publique » s’élèvent maintenant à plus de 10 000 par an comme l’indiquent la Fondation Abbé Pierre ou le DAL [2]. Au Samu social de Paris, les chiffres des nouveaux appelants fluctuaient entre 900 et 1 500 personnes par mois, atteignant parfois 2 000 en 2015. 2016 ne sera guère différente des années précédentes, à moins qu’un rapport de forces ne soit porté par la base en rompant avec l’atomisation des travailleuses et travailleurs du social.

Jacques (AL 92)

[1Données du Collectifs des morts de la rue.

[2« Allo Prévention Expulsion », www.fondation-abbe-pierre.fr ; et « Octobre 2015, les expulsions s’accélèrent »

 
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