syndicalisme

Pour gagner, tout bloquer




Le 22 mars dernier, l’appel « On bloque tout ! » a été lancé par 100 syndicalistes CGT, Sud-Solidaires, FSU, CNT, CNT-SO, LAB… Un peu moins d’un mois plus tard, à la mi-avril, il rassemblait près de 1 300 signataires dont plus de 70 structures syndicales en tant que telles et participait à la dynamique de mobilisation.

Dans le contexte de la lutte contre la loi travail qu’apporte de plus un appel de syndicalistes ? Initié par des militants et militantes de Solidaires et de la CGT pour la plupart déjà investi-e-s dans les appels de 2010 pour la grève générale [1], « On bloque tout ! »www.onbloque tout.org [2] semble avoir réussi son pari : celui d’être une sorte de « contribution publique au débat » des syndicalistes de lutte, quelle que soit leur organisation.

Porter un coup aux profits des patrons

Le mouvement social qui a démarré le 9 mars est pour l’heure accompagné par l’intersyndicale nationale CGT-FO-FSU-Solidaires qui a notamment appelé aux journées de grève des 31 mars et 28 avril. Pour autant, il y a un angle mort dans l’intersyndicale nationale (principalement lié aux frilosités et tergiversations de FO et de la FSU)  : celui de la généralisation et de la reconduction de la grève. C’est précisément ces questions qui sont au centre de l’appel « On bloque tout ! »… puisque ce sont les conditions sans lesquelles il ne peut y avoir de blocage réel de ­l’économie.

Or bloquer l’économie c’est porter un coup aux profits des patrons, ceux-là mêmes qui dictent les lois que le gouvernement Hollande-Valls-El Khomri s’empresse de mettre en œuvre. Donc pour obtenir le retrait total de la loi travail, c’est bien cet objectif qu’il faut se fixer. Tout en sachant que ça ne relève pas de l’évidence pour les salarié-e-s et que les défaites précédentes (2003 et 2010 notamment) pèsent sur des stratégies syndicales qui peinent bien souvent à articuler ancrage de terrain et radicalité.


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En cela, loin d’être un appel incantatoire à la grève générale, la démarche de l’appel est justement de construire cet objectif de blocage de l’économie en le mettant en débat dans les collectifs de travail, dans les équipes militantes, dans les structures syndicales professionnelles (de la section aux fédérations) et interprofessionnelles (unions locales, départementales…). Généraliser et reconduire la grève, ça ne peut pas être symbolique : il faut que ce soit porté et partagé par les salarié-e-s, et massivement.

Et pour cela, c’est aussi des revendications locales, sectorielles qu’il faut partir pour faire le lien avec la lutte contre la loi travail : tout ce que nos patrons nous font subir, le projet El Khomri l’aggrave et promet de nouvelles menaces sur les droits des travailleurs et des travailleuses.

Et pour rendre plus forte cette démarche, le cadre intersyndical, à la base, est sans nul doute le plus pertinent. Il ne s’agit pas de construire une sorte de « super-tendance-oppositionnelle-intersyndicale » ce qui serait en contradiction avec la conception fédérale du syndicalisme où le débat se construit, démocratiquement, dans les organisations (même si c’est parfois difficile). Pour autant pourquoi le débat ne pourrait-il pas aussi être public et intersyndical ? C’est bien ce qui est recherché par l’appel « On bloque tout ! » qui, du coup, rend visible et crédible un courant syndical acquis à la lutte.

Parmi les signataires, on trouve des militantes et militants de nombreuses organisations et secteurs professionnels. Si les signatures émanent pour l’essentiel de militants et structures de Solidaires (une bonne moitié) et de la CGT (plus d’un quart du total), on retrouve ensuite des signatures FSU, CNT, CNT-SO, LAB, et, plus symboliquement, de la CNT-AIT, de la Confédération paysanne, du STC, de l’UTG… et même de la CFDT et de la CFTC ! La participation de syndicalistes lycéens et étudiants de Solidaires, de la CGT, mais aussi de l’Unef ou de la Fidl, est également à signaler.

Tout ça pour dire que partir ­d’une démarche claire, publique et assumée de débat intersyndical permet aussi de battre en brèche les sectarismes. En s’ouvrant à la signature de structures syndicales (ce qui n’était pas forcément le cas des appels de 2010), l’appel « On bloque tout ! » fait en quelque sorte fonction de « pacte » stratégique à la base. Il est ainsi relayé et reproduit sur plusieurs sites et pages de syndicats de diverses organisations, dans des revues et bulletins…

Il a également pu servir de base de rencontre comme ça a été le cas à Nantes le 14 avril dernier où 85 syndicalistes Solidaires, CGT, CNT, FSU ont échangé sur la mobilisation, pointant les obstacles, cherchant à dessiner les meilleures pistes possibles de convergences, réfléchissant au lien à entretenir avec la Nuit debout locale, à la lutte contre la répression… Ils et elles ont d’ailleurs convenu de se revoir pour prendre des initiatives concrètes et utiles au mouvement. C’est aussi ce qui est recherché avec la rencontre nationale des signataires prévue le samedi 23 avrilà la bourse du travail de Paris (qui ne s’est pas encore déroulée à l’heure où sont écrites ces lignes) durant laquelle d’ailleurs un temps de parole devrait être réservé à la commission grève générale de Nuit debout.

Grève debout !

« On bloque tout ! » prend ainsi sa place dans le mouvement social en cours. Appelant finalement à faire « Grève debout », à relever la tête et rompre avec le quotidien pour repartir à l’offensive. L’appel propose par exemple de s’inscrire dans la revendication des 32 heures par semaine « sans réduction de salaires, ni flexibilité, sans arnaque à la clef comme l’ont été dans de nombreux secteurs les “35 heures-Aubry” ». Parce que se battre « qualitativement » sur le temps et les conditions de travail, il faut aussi le faire… et pour cela, une victoire contre le projet de loi El Khomri est nécessaire pour revitaliser le syndicalisme de lutte, redonner pleinement confiance au camp du Travail dans sa force collective. Car au cœur de l’appel « On bloque tout ! » il y a quand même affirmée cette réalité : les travailleuses et les travailleurs sont tout, sans elles et eux, rien ne se fait.

Théo Rival (AL Orléans)

[1Voir la contribution « La volonté d’une unité de terrain » dans le recueil Partie remise, le mouvement social de l’automne 2010 aux éditions d’Alternative libertaire.

[2www.onbloque tout.org et pageOn Bloque Tout sur Facebook.

 
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