5e congrès de Sud éducation : Entre utopie et syndicalisme de terrain

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En juin 2009, la Fédération Sud Education aura onze années d’existence et environ 4500 adhérents, onze ans à tenter d’exister dans l’éducation face à des syndicats poids lourds comme la FSU.

Revendiquant un syndicalisme au service des luttes des personnels, intercatégoriel même s’il syndique majoritairement des enseignantes et enseignants, la « griffe » Sud est son orientation de « lutte et de transformation sociale », incarnée dans la formule : « une autre école dans une autre société ».

L’ouvrir… et se faire entendre !

Cette orientation, hélas, ne semble pas être entendue plus qu’avant, dans une profession qui ne s’est pas encore remis de l’échec cuisant de la grève de 2003, et alors qu’une riposte d’ampleur à l’offensive du gouvernement semble indispensable pour éviter la privatisation généralisée de l’éducation. Pourtant, force est de constater que les syndicats intercatégoriels Sud Éducation ont construit une implantation réelle et reconnue dans nombre de départements, par un travail de terrain et d’unité.

Un des enjeux est donc celui du développement « numérique » de Sud, qui stagne malgré un courant de sympathie qui va au-delà des adhérents. Des réflexions se font jour sur la nécessité de vraies campagnes de syndicalisation, d’un travail sur « l’image » de Sud auprès de la profession, parfois méconnu ou assimilé trop vite à celle d’un groupuscule trop « extrême ».

Il est vrai que le syndicalisme porté par Sud est singulier dans la profession, en articulant un travail syndical « classique » de défense des personnels dans la société telle qu’elle est, mais aussi un aspect plus radical de transformation globale de la société. Dualité qui se retrouve aussi dans les sensibilités différentes des syndicats locaux, dont certains mettent plus l’accent sur la radicalité idéologique, d’autres sur le travail syndical « quotidien », la majorité entendant bien marcher sur ces « deux pieds ».

Une autre école

Le congrès précédent avait ouvert un chantier : celui de définir les grandes lignes d’une « autre école dans une autre société », et, articulées à ce projet, des revendications plus immédiates et « intermédiaires » portant sur le système scolaire. Cela afin d’éviter de n’être qu’un syndicat réclamant des moyens pour l’école sans remettre en question son rôle de tri social et de reproduction de classes. Des contributions ont émergé de conceptions souvent héritées du mouvement libertaire : le refus de cloisonnement entre l’éducation générale, technique et professionnelle, la défense d’une école « polyvalente » cousine de l’éducation polytechnique développée par Proudhon ou encore un mode de gestion des établissements scolaire autogestionnaire.

Interpellé dans son champ professionnel par l’intersyndicale nationale, Sud Éducation l’est aussi par la participation de Solidaires au « bloc » des huit organisations qui a appelé à la grève le 29 janvier, le 19 mars, et à la manifestation unitaire du 1er mai.

L’unité est un combat

Majoritairement favorable à une grève générale reconductible, les congressistes ont cependant pris conscience que la réussite de ces démonstrations est le fruit de l’unité syndicale, même si elle ne s’est pas faite sur les bases de Solidaires. Reste à savoir jusqu’où aller ensemble et à quel prix, mais rares sont les délégations qui ont souhaité que Solidaires se lance seule dans un appel à la grève générale interprofessionnelle reconductible.

Sud Education a grandi, s’est ouvert, en levant le veto qu’elle maintenait depuis plusieurs années contre l’adhésion du Sundep (enseignement privé) à Solidaires, en appelant à travailler dans un cadre intersyndical et interassociatif en faveur de la régularisation des sans-papiers... Alors que le paysage syndical risque de se modifier suite à la proposition du Snes à la FSU de rejoindre la CGT, Sud Éducation en subira les contre coups dans les mois à venir. Quels seront -ils ? À suivre…

Des militants AL de Sud Éducation

 
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