Mexique

Lire : Paco Ignacio Taibo II : « Je paie pas le loyer, je fais grève ! »

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Tout en étant l’auteur de polars baroques, Paco Ignacio Taibo II est aussi historien. Plus précisément historien du mouvement ouvrier mexicain.

Car le Mexique, qui connut une agitation révolutionnaire permanente pendant une décennie (des années 1910 aux années 1920), recèle dans ce passé héroïque bien des luttes oubliées. C’est l’une d’elle que nous découvrons dans ce modeste ouvrage, initialement paru en article en 1983. Le texte, reconstruit en 2006, nous plonge au cœur d’une grève de locataires et de ses prolégomènes entre 1920 et 1923. Comme dans de nombreux pays, ces années sont, après la Révolution russe, celles de recompositions au sein d’un mouvement ouvrier marqué par l’anarcho-syndicalisme.

Et c’est avec une étude de cas magistrale que l’auteur nous fait revivre cette période charnière. La grève des locataires de 1922-1923, qui vit plusieurs dizaines de milliers de locataires mener des réquisitions de logements, empêcher des expulsions et surtout, refuser de payer leur loyer, rencontre la volonté politique du jeune Parti communiste mexicain de montrer sa valeur et son efficacité.

S’opposant aux possédants et à leurs sbires du gouvernement et de la Crom [1], la « grève » va s’appuyer sur une stratégie d’action directe héritée du récent passé libertaire de nombres de membres du PCM à l’animation de la lutte. Cette stratégie, basée sur leur expérience militante, imprime d’abord une vitalité croissante au mouvement. Mais les militants du PCM, pensant pouvoir se dispenser du soutien de la CGT, solide centrale syndicaliste révolutionnaire sous influence anarchiste, vont par la suite décider de « bolcheviser » à outrance la grève des locataires.

En forçant les grévistes à entrer dans les habits neufs du « centralisme démocratique », les communistes vont produire un désastre saisissant. Le PCM, devant l’échec, impose alors l’option légaliste et Paco Ignacio Taibo II conclue : « Le repli vers la légalité n’est pas un virage tactique d’un mouvement qui se développe, c’est le triste recours d’un mouvement vaincu ». Il est des luttes oubliées qu’il faut méditer.

Théo Rival (AL Orléans)

• Paco Ignacio Taibo II, Je paie pas le loyer, je fais grève !, éditions L’Atinoir, 80 pages, 6 euros.

[1Confédération régionale ouvrière mexicaine, syndicat institutionnalisé.

 
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