Brésil : Sur un rythme techno, à la lumière des gyrophares

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Quelques impressions glanées par un militant d’Alternative libertaire présent au Brésil pendant les élections.

Brasilia, le 27 octobre, 18h30 à la gare routière, centre commercial de Conjunto National : les partisans de Fernando Haddad ont décidé de faire une diffusion de tract massive en cette veille d’élections. Plusieurs centaines de personnes diffusent des tracts pro-PT dans une tentative désespérée de renverser la vapeur. Les pro-Bolsonaro s’invitent à la partie. Ils ne sont pas violents et se contentent de danser sur de la mauvaise techno. Très rapidement, alors qu’il n’y a pas de violences ni d’affrontements, la police militaire arrive en masse pour «  protéger » les pro-Bolsonaro. Bien qu’ils soient censés séparer les manifestants, leurs attitudes et leur positionnement les marquent du côté des soutiens de Bolsonaro. Le spectacle de fascistes se déhanchant sur de la musique à la lumière des gyrophares de police aux côtés de mastodontes en treillis lourdement armés semble très symbolique des promesses du nouveau régime brésilien…

Brasilia, le 28 octobre, 19h05 dans un quartier résidentiel  : les résultats des élections viennent d’être annoncés à la télévision, le verdict est sans appel, Jair Bolsonaro devient le prochain président du Brésil. Très rapidement, dans tout le quartier, des feux d’artifice se mettent à fuser de tous côtés, donnant une impression de 14 juillet ou de 31 décembre… Parmi les pétarades, des bruits sont plus sourds, plus profonds. Je me rends alors compte que ce ne sont pas des pétards, mais des coups de feu. Dans ce quartier, mais aussi dans tout le Brésil, les partisans de Bolsonaro sortent les armes à la main et vident leurs chargeurs en l’air, présage annonciateur de temps obscurs. J’apprends le lendemain qu’un enfant a été tué par des balles qui sont retombées.

Campus de l’Université de Brasilia le 29 octobre vers 18 heures : la tension est à son comble car, sur les réseaux sociaux, les pro-Bolsonaro ont annoncé une manifestation, pour «  nettoyer l’Université des rouges  ». Tout le monde craint un raz-de-marée fasciste, sous protection de la police. Au final, ce sera un pétard mouillé – une dizaine de militants affublés de tee-shirts pro-Bolsonaro pointent leur nez. Ils sont repoussés par plusieurs centaines d’étudiants en colère, et prennent rapidement la fuite sous protection policière, poursuivis par les quolibets de la foule… L’histoire n’est pas chose inéluctable, et le fascisme non plus – à condition de s’organiser pour lutter contre. Les prochains mois seront déterminants au Brésil, mais le fascisme n’est pas la seule issue…

Brasilia le 31 octobre, vers 10h30 sur une occupation indigène  : Brasilia est une ville ultramoderne faite de béton, de verre et d’acier. Pourtant, au pied d’un quartier d’immeubles flambant neufs, s’étend une petite forêt, interdite d’accès car «  zone indigène  ». À l’intérieur du terrain, basculement total. Sous les bois, il y a des dizaines de maisons en torchis occupées par divers groupes indi­gènes. Les habitants tiennent une réunion  : si leur occupation de terre est en place depuis 40 ans, elle est menacée d’expulsion car des promoteurs immobiliers veulent occuper le terrain… L’occupation devait être légalisée, mais le président du Brésil devait parapher la décision. Depuis l’élection de Bolsonaro, la tension est palpable car il est probable que leur occupation soit livrée aux promoteurs. La lutte semble inévitable, mais pas la victoire…

Matt (AL Montpellier)

 
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