Autobiographie

Lire : Rouillan, « Dix ans d’Action directe »

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Pendant dix ans, le groupe Action directe évolue entre clandestinité et activité légale, entre prison et guérilla. Jean-Marc Rouillan livre un témoignage précieux.

L’assassinat du jeune maoïste Pierre Overney, en février 1972, par un vigile de Renault, marque un tournant pour la gauche révolutionnaire hexagonale. L’esprit de 68 s’estompe. Des militantes et militants se posent alors la question du passage à la lutte armée. Certains groupes ont déjà franchi le pas, bercés par l’antifranquisme, les luttes anticarcérales, l’anti-impérialisme et une nouvelle expérience politique  : l’autonomie ouvrière. C’est dans ce contexte que naît Action directe (AD), dont le nom est une référence au syndicalisme révolutionnaire de la CGT d’avant 1914. C’est cette histoire, que nous raconte Jean-Marc Rouillan dans Dix ans d’Action directe. Un témoignage 1977-1987. Du mitraillage du CNPF (ancêtre du Medef) le 1er mai 1979 jusqu’aux arrestations de Vitry-aux-Loges en février 1987, l’auteur déroule une décennie haletante, au cours de laquelle AD, entre prison et clandestinité, multiplie expropriations et braquages de banques, attentats contre les instances militaires de l’Otan ou les représentations en France du FMI et de la Banque mondiale. Les connexions avec la RAF allemande, les CCC belges, les Brigades rouges italiennes et autres organisations turques et palestiniennes, inscrivent l’action d’AD dans un cadre international, qui tente de faire bouger les lignes et ébranler le cœur de l’impérialisme.

Une lutte armée coupée des masses

Néanmoins, l’histoire d’AD ne se limite pas qu’à une guérilla faite de coups et de l’éprouvante vie de clandestins. Ses militantes et militants, avant leur grand saut dans la lutte armée, ont été actifs et actives dans le mouvement autonome et libertaire, ainsi que dans l’action syndicale. En 1981, avec l’élection de Mitterrand, Rouillan et ses camarades sont amnistiés et recouvrent la liberté. S’ouvre, alors, une nouvelle période avec l’implantation de «  bases rouges  ». Dans le quartier de la Goutte-d’Or, un ancien bordel, voué à la destruction, est squatté. Il accueille des familles turques, arabes ou encore des ouvriers égyptiens licenciés et jetés à la rue par leur patron. Sur le modèle des centres sociaux à l’italienne, la Commune ouvrière et paysanne du XVIIIe propose des cours d’alphabétisation, procède à des réquisitions dans des supermarchés puis à des distributions de nourriture au peuple de Barbès. Elle met sur pied un atelier de confection autogéré, offre des bureaux pour les organisations turques qui luttent contre la dictature d’Ankara. Une expérience pleine de sens, qui prendra fin sous les coups de boutoir de l’État policier.

Refermée cette parenthèse «  légale  », AD retourne à la clandestinité. Choix qui s’avèrera une impasse avec, quelques années plus tard, le démantèlement définitif du groupe et la prison. Rouillan reconnaît l’échec sur le long terme de la lutte armée, quand celle-ci se révèle au final avant-gardiste et coupée des masses. Il concède néanmoins un acquis dans cette épopée  : «  les ténors de la politique institutionnelle ne critiquaient pas seulement AD pour l’action armée, mais parce que la guérilla matérialisait une contre-violence révolutionnaire de classe qui mettait en danger leurs positions. AD les empêchait d’électoraliser en paix, de protester gentiment en famille.  »

À la lecture parfois ardue, à l’écriture très militante, empreinte de prose marxiste-léniniste, le témoignage de Rouillan, n’en demeure pas moins indispensable à ceux et à celles qui rêvent, hier comme aujourd’hui et demain, d’un monde débarrassé de la barbarie et de l’injustice sociale.

Jérémie (AL Gard)

  • Jann Marc Rouillan, 10 ans d’Action directe, Un témoignage 1977-1987, Éditions Agone, 2018, 408 pages, 22 euros.
 
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