Dossier 1917 : Les autres composantes du socialisme russe

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En 1929 les éditions Prolétariï publient à Moscou Quels partis étaient en Russie  : Menchéviks, SR, anarchistes, KD, monarchistes, comme un ultime salut des vainqueurs aux vaincus.

Quelle était l’influence des uns et des autres en 1917  ? Tout au long de l’année révolutionnaire, une double mesure permet d’en juger : leur poids dans les soviets d’une part, et d’autre part le suffrage universel déclenché pour la première et dernière fois en novembre 1917, pour former l’Assemblée constituante. L’ouvrage de Protasov, Juravlev, Repnikov et Chelokhaev, La Constituante panrusse (Rosspen, 2014), en donne les chiffres exacts.


Viktor Tchernov (1873-1952)
Cofondateur et idéologue du Parti socialiste-révolutionnaire, il est le principal dirigeant de sa majorité « de droite ».

Le Parti socialiste-révolutionnaire (PSR), fondé en 1901, est un parti marxiste hétérodoxe, donnant une grande importance à la paysannerie ; héritier des Narodnikis (« populistes »), il est doté d’une « Organisation de combat » commettant de spectaculaires attentats ciblés. En 1906, il subit une scission d’extrême gauche, l’Union des SR maximalistes (qui en 1917-1918 aura son bastion à Cronstadt) et une scission de droite qui donne naissance au Parti socialiste populiste.

Maria Spiridonova (1884-1941)
Héroïne de la lutte armée contre le tsarisme, elle est, en 1917, la principale animatrice de l’aile gauche du PSR.

En 1914, sa direction soutient la défense nationale. En 1917, le PSR se taille la part du lion dans les assemblées élues, mais est très divisé entre une aile gauche minoritaire qui combat le gouvernement provisoire et une aile droite, ancrée dans un socialisme rural, convertie sans enthousiasme au parlementarisme.

Tandis que les SR de droite se mueront en rempart de la révolution de Février, les SR de gauche participeront activement, aux côtés des bolcheviks, à la révolution d’Octobre et au gouvernement qui en découlera.

À la Constituante, le PSR se présente encore uni et remporte 19,3 millions de suffrages (39,8 %), faisant élire 340 députés (dont une quarantaine de SR de gauche), terminant en tête dans la plupart des campagnes.


Lénine (1870-1924)
Chef incontesté du Parti bolchevik, il est partisan d’une dictature révolutionnaire exercée par un unique parti.

Le Parti bolchevik est issu de la scission, en 1903, du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) fondé en 1898. Dirigé par Lénine, il incarne le marxisme révolutionnaire, ouvriériste, martial voire dictatorial.

Lev Kamenev (1883-1936)
Leader de l’aile modérée du Parti bolchevik, il est hostile au putsch d’octobre et partisan d’un gouvernement socialiste pluraliste.

En 1914, la majorité du parti refuse la guerre et maintient ses positions internationalistes. En 1917, son influence grimpe rapidement dans les usines et certains régiments des grands centres urbains. Son étiage dans les soviets se situe en moyenne autour de 20%, davantage dans ceux des deux capitales (Petrograd et Moscou) marquées par le prolétariat industriel.

Il réunit près de 11 millions de voix (22,5%) à la Constituante, faisant élire 170 députés et terminant en tête dans une dizaine de régions et dans la moitié des fronts militaires (qui procèdent à des scrutins séparés). Après Octobre, il devient hégémonique dans les soviets, à mesure qu’il interdit tous ses concurrents.


Irakli Tsereteli (1881-1959)
Un des leaders du menchevisme, il anime le soviet de Petrograd avant de devenir ministre de l’Intérieur du gouvernement provisoire.

Le Parti menchevik est l’autre moitié de la scission, en 1903, du POSDR. Il incarne un marxisme parlementaire, légaliste, citadin. Très divisé sur l’attitude à adopter en 1914, le parti a compté une minorité internationaliste autour de Julius Martov.

Julius Martov (1873-1923)
Chef de file des mencheviks de gauche, il est néanmoins hostile au putsch d’Octobre.

Son influence en 1917 est plus modeste que celle des bolcheviks, mais il garde des places fortes dans l’aristocratie ouvrière et notamment dans les rares branches organisées en syndicats : chemins de fer, postes. Il marque aussi de son empreinte certaines régions périphériques, comme la Géorgie.

Mais à la fin de 1917, résolument hostiles au putsch d’Octobre, son influence est résiduelle : il ne réunit que 1,5 million de suffrages (3,1 %) aux élections pour l’Assemblée constituante et ne fait élire qu’une vingtaine de députés.


Mikhail Liber (1880-1937)
Ce leader du Bund est assez proche du menchevisme.

D’autres forces révolutionnaires existent, même si leur influence est plus localisée.

Les socialistes nationaux – SR ukrainiens, socialistes polonais, juifs du Bund, arméniens du Dashnak – dominent parfois sur leurs périmètres géographiques. Réunis, ils pèsent près de 15 % des suffrages à la Constituante.

Mais la prévalence de la question nationale dans leur positionnement crée bien souvent d’irréductibles oppositions avec le pouvoir révolutionnaire central.

Pierre Chamechaude (Ami d’AL, Paris nord-est)


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